Il peut être considéré comme faisant partie du top 10 des photographes de snow dans le monde. Plus que réputé, Eric Bergeri nous livre ici un intéressant portfolio qui vous rappellera très certainement de bons souvenirs et vous vous ferez plaisir à lire une petite interview où il revient sur son mag Snowboard Unity, la monde de la photo, son parcours etc...
Ça vaut le détour de souris. Bergeri en vrai, Bergeri le dinosaure, Bergeri la mémoire de notre sport. Respect.
L'interview d'Éric Bergeri, c'est ici et maintenant.
- Salut Éric, alors, avant tout pour ceux qui ne te connaissent pas personnellement, tu peux décrire ta personnalité en quelques mots ?
- Pour ça il faut des années d'analyse je crois !
- T'as commencé à l'époque du commencement. Raconte un peu, c'était comment l'ambiance dans les années punk, c'était vraiment différent d'aujourd'hui ?
- Il ne faut pas exagérer, des gars comme Scalp ou Vianney étaient déjà là depuis un moment quand j'ai commencé. J'ai commencé à vendre des photos aux magazines en 94. Puis j'ai arrêté l'université fin 96 pour ne faire plus que ça. L'ambiance était effectivement différente. Moins de professionnalisme à tous les niveaux dans les façons de faire, mais plus d'argent. Joli paradoxe. Mais je pense que le côté "punk" n'a pas vraiment évolué. À l'époque j'étais plus jeune (forcément !) et donc relativement insouciant. Tout est plus facile quand on n'a pas une famille à nourrir. Après je ne sais pas si c'est moi qui ai évolué ou le milieu (je crois que c'est moi), mais je sors beaucoup moins maintenant, je ne bois presque plus d'alcool, j'ai aussi arrêté de tomber amoureux tous les soirs.
Je pense que les fêtes sont toujours aussi cools et que beaucoup de pro y participent, même ceux que l'on voit ici et là se faire traiter de "compétiteurs".
Je me dis que le concept du "c'était plus punk avant" vient surtout des vieux du milieu qui radotent. J'imagine que les petits jeunes actuels font plus ou moins les mêmes bêtises que nous à l'époque.
La différence entre maintenant et il y a dix ans viens surtout des budgets que les marques pouvaient investir. C'était ce que l'on pourrait appeler "les années folles". Le 11 septembre 2001 marque le début du retour à la réalité avec un marché qui ne croît plus à deux chiffres.

- Pourquoi tu t'étais mis à la photo ? Est-ce qu'il y a eu une photo en particulier, ou des photographes, enfin un élément déclencheur qui t'as poussé dans cette voie ?
- Pour faire court, à l'époque je faisais beaucoup de plongée sous-marine. A 18 ans, quand je passais le brevet d'état, je me suis rendu compte qu'enseigner me barbait. J'ai donc commencé à faire des photos sous-marines. A la suite de quoi je me suis acheté un beau boitier Canon EOS 10 (fin 1992 !) avec quelques objectifs. Comme à la suite de cet achat j'avais largement vidé mon Livret A que je remplissais méticuleusement depuis ma naissance avec les étrennes de Noël et l'argent de mes anniversaires, je n'ai jamais pu acheter le boitier étanche pour emmener mon nouvel appareil sous l'eau. Je me suis donc retrouvé l'hiver à Valmorel, à commencer le snowboard avec mes potes. C'est ainsi que j'ai pris mes premières photos sur la neige. Cela aurait pu rester qu'un hobby, mais un autre évènement, beaucoup plus malheureux, allait tout changer. Début 1993 mon grand frère, qui ridait depuis déjà deux ans se tue en snowboard. J'atterris brutalement sur terre : la vie et courte et peut finir n'importe quand. Quelques jours avant l'accident j'avais fait quelques photos de lui. Il les avait vu et m'avait dit quelque chose comme : "C'est bien, tu devrais continuer." Cette petite phrase, la réalisation de la fragilité de la vie, ainsi que la mémoire de mon frère m'ont incité à me professionnaliser. Cela évidemment contre tous les avis que j'ai pu recevoir à l'époque. Morale : si tu veux faire quelque chose, fais le. Prends l'avis des autres, mais fait confiance à ton instinct par dessus tout.
- Et aujourd'hui, rétrospectivement, tu pense avoir fait le bon choix ?
- Oui. J'étais un étudiant un peu niais, pas mal "nerd" aussi. Je n'étais pas super sociable car tous les autres étudiants m'emmerdaient et j'avais une confiance en moi qui frisait le ras des pâquerettes. La photo et le snowboard m'ont pour ainsi dire sauver la vie !
Mon seul regret pendant longtemps a été de ne pas avoir fini mon DESS de Biologie (on appelle ça un master maintenant je crois). Après coup je me suis dit qu'après 5 ans à la fac je n'étais plus à 5 mois près ... mais sur le coup, en 96, il faut croire que j'étais à 5 mois près ! Maintenant je n'ai plus ce regret car j'ai trouvé le temps en 2006 et 2007 de retourner à l'école en formation continue et j'ai enfin eu mon bac+5 avec un MBA (Master business and administration). Mieux vaut tard que jamais !
Seconde morale : Les voyages forment la jeunesse, et ce n'est pas des bêtises de grand-mère.
- Quel est le trip le plus fou que ton boulot t'ai amené à faire ?
- Le plus fou je ne sais pas. Tous les trips ont quelque chose de spécial. On rentre différent de comme on est partis après avoir découvert un nouveau pays, une nouvelle région ou tout simplement après avoir passé du temps avec de nouvelles personnes.
Pour répondre à ta question. Le plus fou positivement serait le Népal car l'Himalaya est quand même un rêve pour quiconque aime la montagne. Le plus fou négativement serait l'Abkhazie l'an passé car, alors que nous étions en stand by dans la station voisine de Krasnaya Polyana pour pouvoir aller en Abkhazie, je me suis retrouvé comme un con sous une avalanche et j'ai été à deux doigts d'y passer. Je dois d'être en vie à Rémi Lamazouère et Per Löken. C'était vraiment idiot de ma part car j'avais perçu plusieurs signes que je n'ai pas pris en compte. J'étais trop obnubilé par le travail à effectuer. La montagne m'a rappelé d'un coup qu'elle n'était pas un bureau.
-Est-ce que tu va continuer encore longtemps à faire des photos de snow (ndjt: et à nous bouffer tout le marché nous les jeunes !!!!) ?
- Je me pose souvent la question ! En fait depuis le premier jour où j'ai commencé. Cependant, d'être retourné à l'école ces dernières années m'a remis les idées un peu au clair. Ce boulot est génial ! Même si je pourrais gagner beaucoup plus en travaillant "pour de vrai" ailleurs, la liberté de choix, les voyages, le fait de partager des moments incroyables avec des amis ... tout cela n'a pas de prix. Donc, pour le moment je ne suis pas prêt de raccrocher. D'autant plus que je sens que l'expérience est un atout très important. Je sais assez bien où aller, quand aller et avec quel type de rider. Je suis également efficace et productif quand il faut l'être. Tout cela me permet de gérer au mieux mon temps et mon argent pour ne pas m'épuiser à voyager pour rien ou perdre ma motivation.
- Les riders qui t'ont le plus impressionnés pendant ta carrière et pour quelles raisons ?
- 99% des riders avec qui j'ai shooté m'impressionnent. Certains plus que d'autres évidemment. Dur de donner des noms !
- Au vu de la situation actuelle, est-ce que tu pense que le snowboard a toujours un avenir glorieux ?
- Snowboarding will never die ! Ce sport est une évidence. Il remplit un besoin... comme un téléphone portable ou un GPS. Il sera toujours là avec des hauts et des bas. En espérant qu'actuellement nous sommes proche du plus bas évidemment.
Même si je suis très critique sur les jeux olympiques et toutes les entités qui les entourent et les organisent, je pense que cela a été bénéfique pour la notoriété du sport. Je dirais même plus que le fait que Shaun White gagne les derniers JO a été une des meilleures choses qui pouvaient arriver à notre sport. Aucun autre athlète n'aurait eu plus de retombées médiatiques. Évidemment, si vous êtes en pleine période de rébellion anti société avec un T-S rouge et une effigie du Che sur le ventre, vous n'allez pas apprécier ce commentaire. Pour ne pas agoniser dans son coin pendant des années et finir comme le wind-surf, le snowboard doit s'ouvrir aux débutants, il doit devenir un sport accessible au plus grand nombre. Les JO sont un très bon outil pour cela s'il est bien utilisé par les marques.
- Il parait que les marques t'envoient toujours en trip dans des zones de conflit par ce que t'es le seul barjot a accepter le job, c'est vrai ? Tu comptes te reconvertir en photographe de guerre ?
- Sérieusement, j'aurais vraiment voulu faire photographe de guerre à une époque. La politique, la diplomatie pour la compréhension d'un côté et l'action sur le terrain d'un autre me branchaient beaucoup. C'est complètement hors de propos maintenant pour moi. Après, à part le Liban, l'Abkhazie et le Cachemire, je n'ai été que dans des endroits plutôt paisibles (ndlr: Chine, Russie, Népal...). Il y aura certainement une surprise dans la même veine pour cet hiver !
- Raconte-nous une anecdote d'un de tes trips dans les pays "chauds" ?
-J'ai plus des anecdotes dans les pays "chauds" au niveau températures ! Avant, hors saison j'avais l'habitude de voyager, comme si cela ne suffisait pas en hiver. Surtout en Amérique du Sud d'ailleurs ... Je l'ai tellement fait que maintenant je réside officiellement au Brésil. Ce qui rend mon job presque plus facile que quand j'habitais à Montluçon au centre de la France car je prépare vraiment mes déplacements. Maintenant, quand je suis quelque part sur la neige, pas question de me tourner les pouces ! Je me suis éloigné de la question, désolé ! Je ne vois pas d'anecdotes particulières ... ou alors c'est qu'il y en a trop !
- Avec le lancement (puis la fin prématurée) de ton projet de mag Snowboard Unity, tu as du prendre la réalité du business français en plein dans la gueule? Donne nous ton avis sur ce milieu bien spécial... Même avec tout le savoir faire et la volonté du monde, il n'y avait pas assez de lecteurs pour lancer un nouveau mag' en france ?
- Le business français ne m'est pas arrivé dans la gueule. En fait j'avais mis un peu trop de paramètres contre moi. Déjà, j'allais à l'école de commerce et j'avais des tonnes de boulot pour ça à la maison ... ça n'aide pas. En plus j'étais en train de divorcer ... ça n'aide pas le moral non plus. Ensuite, dès le début il y avait un problème entre mon associé et moi. Nous étions très complémentaires sur beaucoup de points, mais nous avions une vision du magazine assez différente et des pratiques de gestion radicalement opposées. Malheureusement notre couple n'a pas pu tenir plus d'un an, ce qu'au fond je savais depuis le début. Je ne lui jette pas la pierre, et loin de là, car il a très bien fait tout ce qui touchait son domaine. J'ai ma part de responsabilité car je ne voulais pas lâcher (pour des raisons économiques également) mes voyages et mon temps sur la neige pour trier les photos d'autres photographes pour le magazine. Nouvelle morale : Réfléchis bien avant de t'associer pour créer une société.
Au niveau du savoir faire, nous apprenions sur le tas comment se négocie les affaires dans la presse. A tous les niveaux s'entend : maquette, impression, livraison, vente ... Nous n'avions pas de savoir faire à proprement parler dans ces domaines et nous avons appris en faisant, ce qui est vraiment enrichissant. Le milieu de la presse à proprement parler est un panier de crabes bien profond. Le milieu du snowboard à comparer est ce que Candy est à JR de Dallas. L'accueil de l'industrie a été incroyablement bon, sachant les difficultés économiques du moment. Malgré tout ce que l'on peut entendre dans la bouche de certains pas vraiment au fait des choses, le milieu du snowboard est très largement un milieu sain avec des gens passionnés parmi lesquels je suis content d'évoluer. Les requins vont sur des milieux sportifs qui ont vraiment de l'argent, pas notre micro-niche. Au niveau du lectorat, si, il y a du potentiel en France. Je crois qu'il y a toujours de la place sur le marché pour un bon produit bien marketé au niveau des "plus produits", qui brise l'élitisme et le machisme ambiant pour rendre le sport accessible.
- Donc on est sauvés, les mags papiers ont encore de l'avenir!
- Oui. En ce qui concerne notre sport où l'image prime, c'est l'évidence. Une image sur un écran d'ordi n'aura jamais le même impact que sur un magazine. C'est une aubaine !
- Merci beaucoup Eric, et merci de la part de nos lecteurs.
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réactions (15 réactions)
Cécile.
Merci pour l'interview JT et bon courage à la nouvelle vague de photographes car le loup est toujours dans la bergerie (facile)
Jenny B.
c'est super que Tanon fasse ces interview surtout quand on aimerais vraiment devenir photographe pro...
Sinon changez rien!
merci!
sinon, zarbi le cadrage de Jonas en one foot bomb drop sur lequel on ne voit pas la recep', non?
Pour PJ: cf comment de `seb` avant, je suis d`accord, mais plus dans le sens de la 2eme partie du comment de `Mad Max` sur ITW Perly...
Ca fait plaisir de revoir tout ca !! Celle de Devun Walsh est incroyable !
Ouais ouais je sais, ma question va vous saouler, mais c marrant dposer des questions aux interviewers, c tres tendance i parait...