Peter Line : l'interview outerwear.
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Peter Line : l'interview outerwear.

Pour lancer cette seconde édition de la "Semaine du matos", nous souhaitions frapper fort. 

Parler matériel de snow en profondeur, en s'appuyant sur des connaissances pointues. Nous nous sommes donc rendus à Seattle pour rencontrer Peter Line.

Rider légendaire, forte personnalité, créateur de Forum et Foursquare (entre autres), Peter Line designe des fringues de snow depuis toujours : il était la personne idéale. Avion, voiture, nous voilà chez lui, un grand loft avec vue sur le port de Seattle. Il ne sera pas question de sa vie de rider ici, de son passé ou de sa saison, mais uniquement d'outerwear. Interview à thème avec une légende.

Salut Peter, merci de nous recevoir chez toi. Tu peux te présenter ?

Salut, je suis Peter Line, j'ai 39 ans, je viens de Seattle dans l'état Washington, je suis "designer indépendant". Actuellement je designe de l'outerwear pour Dakine, des décos de boards pour CAPiTA, et je fais de la photographie pour Snowboarder Magazine. Et je ride encore. Un peu. Ne m'appelez pas retraité.

Raconte nous un peu ton histoire par rapport à l'outerwear. Que portais-tu à tes débuts en tant que rider ?

Quand j'ai commencé à faire du snow, saison 87-88, le snowboard n'était vraiment pas une industrie. Burton et Sims étaient les seuls boites qui existaient, et le seul outerwear qui était designé spécifiquement pour le snowboard était Burton Outerwear, qui était super cher, et tes parents ne t'achètent pas ca quand tu as 12-13 ans. Personne n'achète une veste super chère à un gamin qui va pratiquer un sport dont on n'a jamais entendu parler. Donc j'ai passé mes premières saisons avec des fringues "genre outerwear" achetées en friperie. Je ne sais plus vraiment ce que c'était. Il me semble qu'une pièce était un anorak pull over. J'ai passé la première saison et demi avec des pants de ski moulant, puis un pantalon taffeta Helly Hansen avec un zip sur le coté, que j'avais scotché au niveau des boots pour pas qu'il ne remonte. Puis j'ai gravité naturellement vers ce qui ressemble à de l'outerwear moderne : j'avais acheté une jacket Campers que je n'ai porté qu'une demi saison, parce qu'elle était moche. Puis j'ai eu quelques trucs The North Face, quand tu viens quand tu viens du Nord Ouest tu as besoin de Gore-Tex, c'est pas mal... et voilà. Au final je n'ai pas vraiment acheté grand chose.

Tu as été sponsorisé assez vite ?

Oui, je pense que la première fois que j'ai porté du vrai outerwear de snowboard, c'est quand j'ai été sponsorisé. Mon premier sponsor Outerwear était Wave Rave, je recevais juste des produits gratuits. Je me souviens de gros baggy bien isolés, de jackets style routier, en velours, en nylon, ca devait être cool à cette époque. Ensuite j'ai ridé pour Swag, qui avait plus de produits, mais c'était assez moche du coup je ridais la gamme girls de Prom... moins de color block, des designs plus... cool, moins moche que Swag en tout cas. (ndlr : Prom était la déclinaison girl de Swag)

C'est à ce moment que j'ai créé Foursquare, avec Raul Reis et Fourstar Distribution. A cette époque, il n'y avait qu'Ingemar (Backman) et moi dans le team, c'était une nouvelle entreprise. J'ai dessiné et créé certaines parties de la collection : j'avais quelques compétences en informatique déjà à l'époque, donc j'ai dessiné une jacket et un pantalon pour la première année. Puis ca a progressé et j'ai dessiné toute la ligne les cinq ou six ans qui ont suivi. Mais à cette époque, je ridais de plus en plus, et les designers faisaient un bon boulot. Il y avait beaucoup plus de modèles dans la gamme donc les designers ont pris le pouvoir et je leur donnais juste mes instructions sur les modèles que je souhaitais. Je me suis donc concentré sur le fait d'apprendre comment faire, en regardant les aptitudes des designers et des développeurs chez Foursquare. J'y allait les étés, je leur soumettais mes designs et j'apprenais de cette façon. C'était plutôt fun à faire.

Donc les premières pièces que tu as dessiné, c'était pour Foursquare.

Oui, en 1996, quand Foursquare débutait.



Est-ce que tu aurais une photo ou dessin de ces vestes ?

Non, je ne les ai pas... J'ai quelques trucs Foursquare mais pas les pièces originales. La veste était simple, avec les quatre carrés de foursquare arrondis dans les angles, style shell jacket assez basique. Le pantalon avait une inspiration jean, adapté au snowboard.  

Lors du dernier ISPO, j'ai été frappé par une certaine uniformisation des marques. On aurait pu changer les vêtements de stand sans que personne ne le remarque, mis à part pour quelques petites marques comme Airblaster ou Holden. Est-ce un constat que tu fais également ?

Oui, c'est sûr. Il y a une harmonisation de toutes les gammes. Aujourd'hui les designers regardent d'abord ce qui marche dans le snow, et font les designs en fonction. Les petits labels sont un peu trop conscients d'eux-mêmes et font juste ce que les snowboarders core attendent, sans prendre de risque. De l'autre coté, une boite énorme comme Burton peut tout faire : des couleurs flashy d'un coté, des pièces style Holden de l'autre, en passant par des pièces "Héritage", des pièces militaires... Les autres boites sont trop petites et ne font qu'un style à la fois. Elles vont faire des couleurs flashy pour les 3 ans qui arrivent parce que ca a marché une année, puis elle vont suivre une autre tendance pendant 3 ans... et au final personne ne grossit vraiment. Elles n'ont pas assez confiance en elles-mêmes, dans le fait que les snowboarders vont vraiment porter leurs fringues.

Aujourd'hui, on dirait que les designers sont déconnectés des pratiquants de snowboard, si on regarde ce que les gens portent vraiment en montagne - pas sur les contests, aux summer camps ou dans les salons d'ISPO -. Comment arriver à toucher le mec qui ne regarde pas de vidéo, ne lit pas de magazine, mais achète vraiment ses fringues de snow ?

C'est le problème des designers aujourd'hui : ils essayent de faire des vêtements que veulent spécialement ces "cool kids", alors qu'on bon designer devrait juste faire une veste cool qui plaira aux gens. Ils devraient montrer à tout le monde ce qu'est le style, ne pas essayer de juste copier les attentes de quelques uns. C'est l'inverse ! J'essaye de faire ca dans mes designs : je ne dessine pas ce que veulent les kids aujourd'hui, je dessine avant tout quelque chose qui me plaise, personnellement. Je dessine juste une veste vraiment cool, qu'on peut porter. 

Et puis... c'est vraiment dur de dessiner une veste moche quand on sait ce qu'on fait. Tu pourrais essayer de dessiner une veste moche exprès, tu vas vouloir faire quelque chose de différent, et c'est cool de faire quelque chose de différent. Une veste "pas cool" pourrait être quelque chose qui a déjà été fait, dans les années 80 ou 90, mais attention, pas en mode "retro" parce que le retro est cool aussi ! Mais juste prendre les trucs moches de l'époque, quand on ne savait pas faire de fringues de snow.

Comment / Pourquoi une marque vient te voir pour designer de l'outerwear, alors qu'ils ont des designers en interne ? Quelle est ta mission ensuite ?

Pour Dakine, Mike est venu me voir, alors - avec d'autres agences de design - je leur ai montré quelques dessins que j'aimais vraiment, leur ai dit ce que j'avais à dire, et ils m'ont engagé sur le long terme. Ils sont vraiment cool, et maintenant j'ai une bonne image de ce qu'est Dakine : une compagnie qui est là depuis un bon moment, qui est connue pour faire des produits de bonne qualité mais qui sont pratiques. Ce n'est pas Arc'teryx, ce n'est pas une société d'alpinisme / rando, mais de de downhill, ski, snowboard, même s'ils ont des sacs qui peuvent servir en alpinisme, ce n'est pas leur métier. 

Des sociétés comme Arc'Teryx ou The North Face dessinent leur outerwear sur du super haut de gamme, des vêtements avec ce dont tu as besoin d'un point de vue fonctionnel, mais rien d'autre. Dakine est plus centrée sur les jeunes, le fun, des petits accessoires ici et là...

Donc en sachant tout cela, j'ai fait quelques dessins, qu'ils ont apprécié. J'ai aussi enlevé quelques pièces de leur gamme que je n'aimais vraiment pas, trop "ski technique", et j'étais bien content qu'ils acceptent car ce n'était pas mon style de toutes façons. Et à partir de là, ils me laissent faire ce que je veux, so far so good. 

Ensuite je vais à l'usine, et c'est la partie la plus difficile. On doit retravailler les projets pour que les prix de vente public soient réalistes. Tu es un peu obligé de tuer ton propre bébé, de lui couper bras et jambes, mais c'est important de garder un prix de vente correct.

Pour Dakine, ils avaient des designers qui s'étaient occupé des deux premières collections, donc je suis parti de là. Ils ont également des designers qui s'occupent des sacs et des autres produits, mais ils ne touchent pas à ce que je fais. C'est idéal pour moi. D'autant plus que pour 15/16, l'outerwear est vraiment ce que Dakine veut mettre en avant, j'ai du coup beaucoup de pression sur les épaules... Mais j'ai confiance !

Peter Line sait gérer la pression.

En termes d'influences, que regardes-tu ? Le monde de la "vraie" mode avec les défilés de Paris, New York etc... ? Les podcast bien core pour voir ce que portent les kids ? Est-ce que tu voyages juste pour ca ?

Le truc génial avec internet, ce que l'on peut voir tout ces trucs depuis chez soi. Je voyage aussi beaucoup, et des tradeshows comme Agenda sont utiles pour voir ce que font les autres compagnies de snowboard. Dans mes designs, il y a un peu de tout ca, mais la ligne directrice est "function that works", ce qui veut dire que le but principal de mes designs est d'aller faire du snowboard. Il y a donc des éléments clés à inclure, des matières à utiliser, comme des fermetures éclair waterproof et autres. En termes de design, j'aime les pièces "Héritage", les "storm flaps" ces rabats pour protéger des éléments... je n'aime pas trop les aquagards zippers, qui sont pourtant à la mode en ce moment, ou même les safety zippers, qui empêchent de se coincer les doigts en zippant sa veste. Tu as l'air stupide avec ca, je ne veux pas avoir ca sur mes vestes. J'aime le look old-school, les classiques dont la qualité a été prouvée avec le temps, sans y ajouter de nouvelles fonctions juste parce que c'est nouveau, et surtout sans les avoir testées.

Mais j'ai aussi d'autres pièces plus techniques dans ma ligne, avec une inspiration Alaska si l'on peut dire. Pas forcément ultimes en termes de technique, mais avec un design plus clean... Je suis définitivement quelqu'un plus attiré par le coté mode que le coté technique. C'est juste que je sais ce qui marche et ce qui ne marche pas en terme de technique sur une veste de snow, donc quoi que je fasse en terme de fashion, la technique sera toujours là pour renforcer cela. Quoi que je fasse, ca marche, je ne vais pas mettre des fermetures éclair qui vont retenir la neige juste parce que je veux avoir un certain look, ou ajouter des grandes poches qui ne sont pas fonctionnelles... Tout doit d'abord marcher d'un point de vue fonctionnel. Je fais attention aussi de ne pas sur-designer, rajouter des systèmes de casques audio ou je ne sais quelle fonction de ouf qui ne sert à rien à part faire plaisir au designer lui-même.

Nous parlons à un public de nerds du snowboard, alors rentrons dans les détails. Quelles sont les fonctions les plus importantes pour toi ?

Par exemple, l'ouverture des poches doit au moins faire 6inches (15 centimètres), pour pouvoir prendre un objet avec ses gants. Les filets pare-neige et les rabats pour les aérations sous les bras sont super importants, sinon la neige s'accumule à l'intérieur de la veste. Je mets aussi des manchons à toutes mes vestes, mais designés de telle façon que ceux qui n'aiment pas ca puissent passer le poignet à travers sans être gênés, et ne les sentent quasiment pas... et si tu les mets, ils restent fonctionnels. Je ne peux pas rider sans manchons : les manches remontent, la neige rentre... ou alors tu es obligé de serrer le poignet super fort, mais souvent les scratch ne marchent pas quand ils sont plein de neige... J'ai aussi designé une nouvelle forme de capuche, que l'on peut serrer/desserrer avec une seule main... 

Je travaille déjà sur la collection 2017 en donnant un nouveau sens à ce qu'on appelle "technique" : un peu comme Apple, je veux simplifier les choses. Que les gens se disent "mais pourquoi ca n'a pas toujours été fait comme ca ?". 

En tant que rider, quels sont les détails techniques manquant qui pourraient t'empecher d'acheter une veste et que, par conséquent, tu ne manque pas d'ajouter à tes vestes ?

La jupe pare-neige est un bon exemple. Dans une veste courte, c'est obligatoire, mais on peut s'en passer sur une veste plus longue. Les jupes pare-neige coûtent cher et en tant que designer, s'en passer permet de réduire le prix de la veste. Pour un snowboarder, avec une veste longue, tu n'as pas vraiment besoin de jupe pare-neige. 

J'essaye de garder une certaine cohésion dans la gamme, mais tu es obligé d'enlever plus de fonctions des vestes les moins chères, même si on garde les basiques comme jupe pare-neige ou manchons. 

Peut-on opposer la technologie et la mode ? Il semblerait que plus une pièce soit technique, moins elle soit "mode".

Non, je ne pense pas. C'est vrai que Burton fait ca, Arc'teryx aussi mais dans une moindre mesure, car ils ont une gamme spécifiquement dédiée aux businessmen et à la ville quand il pleut, mais finalement assez cool, même elle n'est pas faite pour skier.  

J'essaye de designer des produits plus haut de gamme mais qui soient aussi tendances. Si tu achètes une veste 500 ou 600$, il est dommage de ne la porter qu'à la montagne. Il serait intéressant de pouvoir porter cette même veste à la ville également, sans avoir l'air d'un alpiniste. Je tente de designer des pièces techniques, type 3 couches, que tu peux porter en ville sans ressembler à un scientifique de la NASA. 

En préparant cette interview, j'ai ouvert mon placard pour regarder mes vestes de snow. En bossant pour fluofun, on a la chance d'avoir pas mal de fringues de snow, mais je me suis rendu compte que plus mes vestes étaient chères... plus elles étaient moches. Mais c'étaient aussi les plus techniques, celles que je mets pour rider quand il pleut, neige...

Exactement. On en revient à ce que je disais plus tôt, au fait que les designers n'ont pas confiance en eux. Donc oui, toutes les marques sur le marché ont ces vestes hyper techniques, très chères, souvent avec des couleurs marquées, en fait déclinées des vestes d'alpinisme. Les designers se disent alors "tout le monde a ce genre de vestes, il nous en faut dans la gamme également". Perso... je n'aime pas ces vestes. Je les trouve moches. Quand quelqu'un porte une veste chère, il devrait pouvoir la porter en dehors de la montagne également. 

Donc en tant que rider, j'ai confiance en mes designs. Je pense que les autres riders vont adhérer, et cela nous permettra de nous séparer du reste des marques, avec une veste trois couches qui ne ressemble à aucune autre. 

A l'intérieur de la société, les commerciaux me disaient "ok, c'est une veste 3 couches, alors il manque telle telle telle fonction", à quoi je répondais : "pourquoi ?" eux : "parce que tout le monde a ces fonctions". "Mais pourquoi ont-ils ces fonctions ?" et ils n'avaient pas vraiment de réponse à ça... donc j'ai gardé mon design tel qu'il est. 

Et c'est comme cela que l'on se différencie de la concurrence : des produits qui marchent bien, fonctionnels, et plus jolis...

Un autre truc par rapport aux vestes trois couches : elles sont censées être super légères. Mais pourquoi ? Cela a du sens quand on monte une montagne, quand on fait de l'alpinisme. Mais en snowboard on descend la montagne. On n'a pas forcément besoin d'une veste ultra-légère. La plupart des vestes trois couches designées aujourd'hui sont encore dérivées de l'alpinisme selon moi. Légères, faciles à plier, extrèmement imperméables...  J'aime le trois couches, et avoir une veste trois couches plus épaisse permet également de se différencier sur le marché.

Un peu cliché.

Les boards deviennent des icones. Je pense pouvoir me rappeler de plusieurs boards de tes videos parts. Mais pas de ce que tu portais comme outerwear. Y a t'il eu des pièces outerwear aussi iconiques que des boards ?

Pour moi, et jusqu'à aujourd'hui, la pièce la plus iconique de l'histoire de l'outerwear est le pantalon Look que Bert Lamar portait, que Steve Graham portait, qu'un paquet de gars portaient à cette époque. Jaune fluo, avec des patch blancs sur les genoux et le logo Look en travers. C'était vraiment l'année Look, et ce pantalon s'est vraiment illustré cette année là, et les quelques années qui ont suivi. Les gens s'en souviennent encore. Qu'avait-il ce pantalon ? Il était cool, différent, fun, c'était une époque où l'on se demandait encore dans quelle direction allait aller l'outerwear de snowboard. Les patchs sur les genoux étaient inspirés de The North Face et des pantalons d'alpinisme. On n'a pas vraiment besoin de patchs de genoux en snowboard, mais les color blocks étaient fun... 

Bert Lamar dans une pub look et en cover du Transworld Nov_Dec 1988 avec le fameux pantalon jaune à patches blanc.

La première année de Dub Outerwear, ils avaient quelques pièces vraiment différentes de ce qui se faisait à l'époque. Je dois avouer avoir un peu copié certains de leurs designs au début de Foursquare, mais c'était vraiment cool et inventif. C'était presque les premiers à avoir eu des manchons, je trouvais ca cool donc je l'avais copié. C'est un peu le jeu dans l'outerwear. J'avais designé pour Foursquare une veste avec des coutures qui venaient un peu n'importe où en travers du torse, chose que j'ai revue récemment chez une autre marque, douze ans plus tard.

Les produits deviennent iconiques grace aux riders qui les mettent en avant, comme ici avec Bert Lamar, Steve Graham... Alors qu'ils gardent la même board toute une saison, ils changent de tenue régulièrement. Est-ce pour cela que les tenues ont moins d'impact ? Cela pose aussi la question du rôle des riders pour les marques, et du choix de leur tenue. Doivent-ils porter ce qu'ils aiment, ou bien laisser leur sponsor dicter leur tenue en fonction d'impératifs marketing ?

Il est évident qu'un rider est sponsorisé pour vendre des produits. Sinon un rider peut gagner des contests et acheter ses fringues lui-même. Quand on est sponsorisé, c'est pour être un outil marketing, et aider à vendre. Mais quand on en vient au choix des produits, c'est différent.

Pour les boards, c'est facile. Généralement une board, une autre plus longue pour la poudre, une plus petite pour le street. Soit trois ou quatre boards, maxi.

Et encore, à ton époque où tout le monde ridait de tout. Maintenant les riders de pipe ne font que du pipe, les riders de street ne font que du street...

C'est vrai ! A part Pat Moore, Jake Welsh ou quelques autres... bref, pour l'outerwear, ca dépend du sponsor. Certaines marques auront quelques riders qui devront mettre un certain type de produits, d'autres riders devront pousser une autre gamme etc... Mais la plupart des riders se préoccupent de leur style, ils veulent porter ci ou ca.

Je ne pense pas que les sponsors doivent être trop directifs, du genre "tu dois porter CE pantanlon de TELLE couleur", ca pourrait se retourner contre eux si ca va à l'encontre du style du rider. Après, il y a des règles, et les riders les connaissent. Par exemple c'est toujours mieux de porter des couleurs vives pour filmer, surtout dans un environnement rempli d'arbres etc... l'image est plus nette, ressort mieux. 

Mais en fin de compte, si une entreprise essaye trop de pousser des produits qu'un rider n'aime pas, le rider ne portera juste pas ses fringues. 

Après, il y a aussi des riders qui s'en foutent et portent juste ce qui arrive dans leurs cartons, sans faire attention à leur style, et quand tu les vois... eeeerk... peuvent avoir un style pourri. Parfois, la personne qui fait les cartons chez le sponsor a lui même zéro style à la base, et va envoyer un pantalon rouge et une veste jaune par exemple. Et l'année d'après, tu vois un kid qui filme toute une vidéo part en pantalon rouge et veste jaune. Comment tu peux regarder un rider faire des tricks quand il a un look débile ? Donc ca ne va pas aider le sponsor à vendre des produits alors qu'à la base, ce rider est là pour ça.

Il faut faire confiance aux riders. Ils ont un bon style, ils savent de quoi ils parlent, savent ce qu'ils veulent porter et quand ils demandent quelque chose, le sponsor devrait écouter.

En street, les pro-riders ne rident plus qu'en hoodie, ils n'ont pas de veste d'outerwear. Certains commerciaux s'en plaignaient, disant que les kids veulent rider en pull, et n'achètent plus de vestes.

C'est vrai, en street ce n'est pas cool de porter une veste, ou alors juste un windbreaker. Avec Louif, nous avons pourtant designé une veste signature alors qu'il est un rider street. Il est venu vers moi avec ses idées : il voulait quelque chose de vraiment robuste, qui lui permette d'escalader des clotûres sans se déchirer, avec une capuche détachable... J'ai bossé sur quelque chose, lui ai présenté plusieurs couleurs et il était emballé. Donc en travaillant avec les riders, on peut trouver des vestes qui correspondent à leur utilisation, et qui soient fonctionnelles. Ensuite, ces hoodies sont moins chers, mais ca reste un marché pour les marques.

Nike a par exemple travaillé à un hoodie technique, qui soit waterproof etc... mais qu'ils vendent 250$.

Avec du DWR ? Un sweat avec une imperméabilité est intelligent, ca le rend moins cher au niveau des droits de douane - ce n'est pas la même catégorie qu'un sweat classique. Donc tu rajoutes du DWR, et ca te coute moins cher. Enfin, ca coûte plus cher à produire, mais avec les droits de douane, c'est intéressant, et multifonction. 

Un autre sujet à propos de la mode et du snowboard : quand les gens vont rider, ils s'habillent différement de "la vraie vie". Mega baggies ou ultra-skinny, couleurs fluo, caméras sur la tête... Pourquoi font-ils ca ? Pourquoi ne restent-ils pas normaux ?

haha... C'est comme des rock stars qui montent sur scène ! Quand les rock star se préparent à chanter devant du public, sur scène, dans un stade, elles enfilent leurs pantalons moulants, leurs tenues de rock star... mais ne se balladent pas comme ca en ville. A l'inverse, tu as aussi des gens qui sont en jean, le même que celui qu'ils avaient la veille au bar, et enfilent juste leurs boots par dessus. 

Personnellement je suis plus influencé par une attitude grunge, où je porterai ce que je porte d'habitude mais à la montagne, où j'aurai le même look sur et en dehors de la montagne. Des tons sobres, marron, noir, des jeans... Les couleurs vives sont plutôt liées au ski, historiquement. 

Il y a aussi une fonctionnalité à être habillé de couleurs vives à la montagne : pouvoir se voir plus facilement dans un groupe.

En ridant de la poudreuse, j'ai effectivement tendance à mettre une veste de couleur plus vive, pour être repéré si je tombe au pied d'un arbre, ou si je me perds... pour des raisons de sécurité, une veste vive peut être une bonne chose. Et on en revient à la question de tout à l'heure : si le gars qui fait les colis a mis une veste rouge pour un rider pro, il va rider avec, faire des vidéos, les gens vont voir ces vidéos et vouloir une veste rouge, c'est tout.


Donc au final, le gars dans l'entreprise qui fait les colis pour les riders, souvent un stagiaire, a beaucoup de pouvoir ?

Normalement ca devrait être le team manager lui-même qui prépare les colis pour les riders, idéalement en collaboration avec les ventes et le marketing... Les ventes ont quand même un pouvoir de décision, mais souvent basé sur l'analyse des ventes de l'année d'avant. Si on voit que la veste jaune se vend bien, c'est peut être juste parce que le stagiaire de l'année d'avant avait envoyé une veste jaune à John Jackson, ce qui a boosté les ventes, et ainsi de suite...

Les commerciaux ont souvent tord. Ils devraient plus écouter le marketing, qui devrait écouter les riders. En écoutant ce feedback, ils auraient un temps d'avance et pourrait conseiller les commerciaux sur ce qui se vendra bien, non pas basé sur les ventes de l'années d'avant, mais sur la tendance de l'année d'après. Merde, tous mes secrets s'envolent ! 

C'est à cause des bières.

C'est pas si grave si mes secrets s'envolent en fait. Ca me poussera à faire encore mieux, trouver de nouvelles idées.

Ok, dernière question alors. Si tu devais demander à un créateur de mode de dessiner une fringue de snowboard, à qui demanderais-tu ? 

Je ne pense pas tant à un créateur qu'à des marques... Il y a ces gars de Danham, qui font des recherches sur l'histoire des vêtements militaires, regardent tout les détails... Ils font un travail super intéressant, listant toutes les spécificités techniques, par exemple les tenues des parachutistes anglais du début du siècle, etc...

Il y a cette boite japonaise, Final Home, qui fait toujours des produits marrants et un peu bizarre , avec des zips de partout et tu peux rajouter toi même ton isolation avec n'importe quoi, du papier journal... Ils ont aussi des grandes poches ventrales avec plein de petites poches à l'intérieur... on avait un peu copié ca aussi avec Foursquare à l'époque. 

Acronym est également une source d'inspiration, Isaora... Souvent une seule pièce me plait dans une gamme. 

C'est le truc cool avec le design de fringues : le fait qu'il soit possible de s'inspirer de détails : un zip ici, une couture là...

oui, mais il est parfois difficile de faire abstraction des trois trucs moches qu'il y a autour de l'élément intéressant ! 

Un mot sur l'industrie pour conclure ?

Depuis 10 ans, les ventes ne font que descendre, au mieux restent stables. 

L'industrie et la publicité sont devenus chiants, il n'y a plus vraiment de culture créée. Il faut que le snowboard reste l'apanage d'un petit groupe, dont tu fais partie ou non. Il faut que les pratiquants aillent dans les core shops pour trouver des produits pointus, et non en grande surface... C'est comme cela que se perpétuera la culture snowboard.

Dans les plus grosses entreprises, tout le monde est très sérieux maintenant, et pense plus produits qu'image. Je pense que s'ils vendaient plus d'image, ils vendraient plus de produits. 

8 commentaires

lovedesign
lovedesign
ho la vache une Dining Side Chair Rod Base de chez Eames purée le mec a du gout.

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safety
safety
Super Itw!! on en veut plus des comme ça!!!

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chelmi
chelmi
Très très bonne interview. Les questions et les réponses sont intelligentes.

Je ne pensais pas que nous arriverions un jour où les sites internet font ce type d'article, se bougent pour rencontrer les personnes qui comptent, alors que les autres media (print, tv...) restent chez eux à pantoufler.

Curieux de voir ce que vous avez en réserve et si vous arriverez à tenir ce niveau de qualité tout au long de la "semaine du matos"...

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Cartman
Cartman
wow. CA c'est de l'interview.

C'est rare de voir 100% de commentaires positifs sur Fluofun, c'est pour dire !

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Francky
Francky
Génial cette interview, ce mec est une légende et une icône, aucun doute qu'il faudra garder un oeil sur le design de l'outerwear Dakine de ces prochaines années !
Bien joué Fluo

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