Drew Stevenson est une légende de l'industrie du snow. Après avoir bossé 8 ans pour Onboard, il a créé Method Mag, y a travaillé quelques années, puis s'est barré et a fondé le TTR Snowboard Tour. Désormais, il a quitté le monde du snow pour bosser sur des projets pour sauver la planète.

L'ONG Breathe est son dernier concept. Interview.

Fluofun: Salut Drew, quel âge as-tu, d'où viens tu, et que fais tu de beau dernièrement ?
Drew: Salut! Je m’appelle Drew Stevenson, je suis Australien et j’ai 40 ans. J’ai commencé chez OnBoard en 1992 et j’y ai travaillé jusqu’en 2000. Ensuite j’ai lancé Method Mag, où je suis resté 4-5 ans. Pour être honnête, c’était mon magazine… Ensuite j’ai créé le TTR Snowboard Tour et j’ai travaillé là-dessus pendant 6-7 ans.

Depuis, j’ai changé d’orientation et j’ai pensé à ce dont le monde avait besoin, et je pense que le monde à besoin de jeunes gens qui font bouger les choses. Pour y arriver, j’ai travaillé sur des projets basés sur des problèmes sociologiques et écologiques. Nous en avons concrétisé un au Costa Rica en février 2009 et allons en faire un autre au Brésil, nommé Breathe ou Respira, en mai 2010 (ndlr: interview réalisée avant). Donc nous serons au Brésil en mai. J’essaye de réunir une bonne équipe là bas : des gens bien avec des bonnes idées et une vision créative pour trouver des solutions et faire la différence.

Comment les gens peuvent ils faire partie de Breathe et que peuvent ils faire pour aider ?


Avec Breathe Brazil, ou Respira Brasil, nous mettons en place un programme de 10 jours. Nous faisons des tables rondes sur certains thèmes : problèmes écologiques, problèmes technologiques, problèmes environnementaux, problèmes sociaux… Il y a aussi des surfers qui viennent, nous faisons des contests de surf, de foot, de beach volley. On va visiter les parcs nationaux et on peut se renseigner sur les projets de reforestation.

Nous allons aider dans les écoles. Nous travaillons avec les femmes dans les favelas. Nous sortons et nous regardons ce qu’il se passe dans notre environnement. L’idée de Breathe est assez simple : nous voulons que vous sortiez de ce monde de médias marketing, de cet aspect anti-social des choses qui se passent dans notre monde ! Nous voulons que vous veniez vous impliquer, et que vous vous immergiez dans un vrai écosystème ! Prenez une minute pour respirer, pour réfléchir à la manière dont nous agissons avec notre planète. Car notre planète, c’est notre seule maison ! Donc que vous soyez jeune ou vieux, on s’en fiche ! Venez à l'un de nos programmes et vous vivrez une expérience que vous ne vivrez nulle part ailleurs ! Et nous espérons que vous en sortirez avec plus de connaissances et plus de motivation afin de faire changer les choses. Où que vous soyez, quoi que vous fassiez, que ce soit grand ou petit, ça n’a pas d’importance, un petit effort est toujours mieux que rien.

C’est une façon de partir en vacances et d’avoir un impact positif sur la planète en fait ?
Oui d’une certaine manière on peut dire que Breathe est une façon de prendre des vacances. Mais c’est quoi des vacances après tout ? C’est prendre du temps libre. Nous voulons vous emmener loin de vos télévisions, des news, de vos téléphones et d’Internet et vous balancer dans la jungle !
Nous voulons que vous viviez quelque chose de vrai, de tactile, que vous ressentiez la chose et non que vous reversiez de l’argent à des projets sans savoir ce qu’il se passe vraiment. Là, vous êtes dehors en train de planter des arbres avec les gens qui se battent contre les gazes à effet de serre. Nous essayons de vous faire participer à la solution plutôt qu’au problème ! Vous pouvez venir et faire ce qu’il vous plaira, vous pouvez en faire un petit peu ou beaucoup. L’idée est de venir, de rencontrer des gens qui sont dans le même état d’esprit, qui ont des idées positives, des solutions pratiques et durables afin que nous puissions changer les choses.

La plupart des participants seront européens ou américain... et l’avion pour le Brésil ? Il ne fait pas partie du problème ?
Effectivement, prendre l’avion pour venir au Brésil fait partie du problème. Une des grande question qui se pose, c'est comment peut-on justifier le fait de faire une conférence sur l'écologie dans un endroit comme le Brésil ? La vérité est que nous pourrions bien faire cela à Londres, Paris ou New York, dans un centre de conférence, tous connectés, avec nos téléphones portables, internet... Mais il faudra toujours faire le déplacement, voler la même distance. Nous affecterions toujours l’empreinte carbone. Ce que nous pouvons faire cependant, c’est annuler le contenu CO2 produit par le vol en avion en allant dans la jungle et en plantant des arbres.

Ce qui craint le plus ces jours ci, ce sont les mauvaises ondes du genre « le monde va imploser », ou « nous allons tous mourir »... Et pour être honnête avec vous c’est probablement ce qui va se passer si nous ne faisons rien, haha. Mais si on pense négativement, on ne voit pas qu’il y a pas mal de monde qui essaye de faire des choses bien, qu’il y a plein d’associations qui travaillent dur, sans un sous, simplement par amour. Ils sont là, à essayer de faire changer les choses dans ce monde. Si vous venez rencontrer les gens au Brésil, ça va changer votre vie, je vous le garantis. C’est ce que nous recherchons avec Breathe!
Toi, moi et tout le monde : la différence passe d’abord par une échelle individuelle.

Parlons snow un peu. Tu as fait beaucoup pour le snowboard...
Oui, certaines personnes le disent…

Pourquoi tu t'es retiré du milieu ?
J’ai fait pas mal de choses pour le snowboard durant mes années et je dois dire que c’était une expérience fabuleuse ! J’adooore ma vie ! J’ai rencontré des jeunes du monde entier. Ce qui est drôle en fin de compte c’est qu’ils se ressemblent plus qu’ils ne sont différents. Nous avons quelque chose en commun, c’est notre amour pour le snowboard, le surf, ou même le skate. L’endroit d’où tu viens n’a pas d’importance. Peu importe ton pays, ta religion, ton âge, nous avons le snowboard en commun !

Ça veut dire que nous pouvons traîner ensemble, passer un bon moment et parler de snowboard ensemble. Pendant 20 ans je me suis vraiment impliqué dans le snow. J’ai essayé d’aider autant de personnes que j’ai pu, des personnes qui le méritaient d’après moi. Soit des personnes bien intentionnées, avec des bons projets, ou encore des riders ou des promoteurs du sport… Après 20 ans de voyages dans le monde, j’ai eu la chance de pouvoir réévaluer ce que je faisais. J’ai compris que le snowboard faisait aussi partie du problème car nous dépensons beaucoup d’énergie en voyageant autour du globe, nous dépensons de l’énergie pour faire du marketing et créer des produits qui ne sont pas durables. Parfois il faut prendre le temps de penser quelques secondes et de respirer.

Nous devons faire attention à la façon dont nous interagissons avec notre planète car c’est un endroit magnifique, c’est l’endroit où nous vivons et nous n’en avons qu’une seule ! Ma décision de quitter le snowboard était en partie dû au fait qu’à l’âge de 40 ans, j’ai vu qu’il y avait plein de jeunes plein de talent pour prendre le relais et faire bouger les choses dans notre sport. Maintenant, je travaille avec des jeunes qui peuvent faire bouger les choses pour la planète. Je pense que dans le snowboard, le skate ou le surf, notre but n’est pas de se faire des millions de dollars, notre but est de sortir et d’explorer le monde, découvrir à quel point notre planète est belle et fantastique. Que ça soit sur une montagne, sur une vague ou dans un skatepark. Ils savent ce que ça fait de plaquer un tricks qu’ils n’ont jamais plaqué avant, ou la sensation d’être dans un tube ou sur un rail… J’aime le snowboard, mais maintenant j’ai l’impression que je ne fais pas seulement quelque chose pour les snowboarders, les surfeurs ou les skateurs. Je fais quelque chose pour la planète.

Tu penses que les snowboarders, les surfeurs et les skateurs sont plus au courant de ces problèmes environnementaux que le travailleur lambda?
Oui et c’est probablement ce qui m’a redirigé vers ce que je fais maintenant. Si tu passes beaucoup de temps dans les montagnes, tu dois savoir comment la masse de neige fonctionne et tu peux facilement voir comment le réchauffement climatique affecte ce que tu aimes faire. Forcément tu es plus au courant que les gens qui restent dans leurs bureaux de 9h à 17h et regardant les infos et 'Sex and The City' tous les soirs… Ils ne prennent pas une minute pour sortir ! Ils ont oublié qu’ils vivent dans un vrai écosystème qui pourrait s’effondrer.

Je ne suis pas un scientifique mais quand tu es snowboarder tu vois bien que les saisons sont de plus en plus courtes, que le masse neigeuse est mauvaise et que les glaciers sont horribles à des époques où tu avais l’habitude de les rider et qu’ils étaient super bien. Les gens qui travaillent dans des bureaux comme les banquiers et les comptables, ils ne peuvent pas voir ce changement. C’est plus facile quand tu travailles avec ton environnement, comme les surfeurs qui réalisent bien que les océans sont sales avec tout le plastique que l’on trouve sur les plages. Et tu ne veux pas surfer dans la merde des autres, quand tu es un snowboarder tu ne veux pas voir les glaciers disparaître. Un glacier ce n’est pas juste un truc pour s’amuser, ça donne de l’eau aux villes. Les vieux sont responsables de cette situation de merde et on ne peux pas changer ça, en revanche on peux changer le futur avec les jeunes, notamment grâce à Internet et les moyens de communication gratuits dont nous disposons. Nous pouvons faire changer les choses du moment qu’on s’y met. Contrairement à ces têtes de gland qui se font appeler des politiciens, nous ferons évoluer les choses ! Nous devons montrer au monde que chacun a un rôle à jouer et est important car toutes nos actions et mouvements font partie du problème, mais aussi de la solution.

Conclusion?
J’aime le snow !!!! Vous me manquez tous... Vivez a fond, aimez la vie ! Quand je travaillais pour Onboard, je signais toujours 'Live, Love, Life'. Si on vit tous avec cette idée en tête, le monde ira mieux. Vous êtes sur Fluofun. J'adore. A plus, peace out.

Merci, a+

Retrouvez l'interview de Drew Stevenson en Anglais sur Fluofun.com
photos: www.breathefoundation.org sauf mention contraire