Nous avons profité des quelques remontées lors d'une session avec Jeremy Jones pour lui poser quelques questions sur ses projets du moment. Au programme notamment: sa vision du freeride, le splitboard, sa nouvelle marque de snow et son projet vidéo, Deeper.
Jeremy Jones sera d'ailleurs là pour vous présenter le film en avant-première samedi prochain à Grenoble, à l'occasion de l'évènement de début de saison: "Fluofun Rock la Bastlle" !

Retrouvez l'interview dans la suite, accompagnée du teaser de Deeper (pour les trois du fond qui n'auraient pas suivi), quelques photos de la saison de Jeremy Jones et enfin des vidéos du 'making of'!

A 34 ans, Jeremy Jones sors un peu de la norme des snowboarders. Mari et papa, il a déjà été nommé 8 fois 'big mountain rider of the year' par Snowboarder Magazine. Il enchaine les vidéo parts saison après saison (il en a eu 5 en 2008, et maintenant un film complet). Il vient de lancer sa marque, il est fondateur d'un organisme qui se soucie de l'écologie, et comme si ce n'était pas assez, il a décidé de remplacer les virées en hélicoptère par des longues marches/ascensions pour exploiter les montagnes d'une nouvelle manière. Voyez plutôt ce qu'il en dit...

Salut Jeremy! La saison dernière, tu as passé beaucoup de temps en Europe n'est-ce pas? Qu'est ce que tu y as fait?
Salut! Je viens de lancer ma propre marque de snowboard, Jones snowboards, et je suis venu en Europe pour tester les boards, vérifier les finitions, et ajouter les dernières touches sur le produit. Donc on ridait un peu à Chamonix, puis on repassait à l’usine faire quelques changements, puis on retournait à Chamonix… Je suis aussi passé au Rock on Snowboard tour, à Avoriaz, c'était cool de voir un event avec toutes les marques et plein de gens qui viennent pour tester les nouveaux produits.

Allez, c'est le moment de faire un peu de promo et de nous parler de tes boards.
La première année, il y a 4 modèles. La ‘Flagship’, qui est une board pour du gros freeride. Elle a un rocker sur le nose qui fait vraiment bien flotter la board dans la poudre, et un magne-traction léger, qui la permet de bien accrocher sur la neige dure. C’est vraiment une board pour toutes les conditions. Quand tu fais du freeride, tu ne sais jamais ce à quoi t’attendre. Parfois, tu fais 2 virages dans la poudre, et le 3e sur une plaque de verglas en béton.

J’ai aussi une mountain twin, une vraie all mountain, freestyle/freeride... Je fais une board dénommée la ‘Hovercraft’, qui est une board 156 faite pour la poudreuse, et qui coupe très bien dans les masses ‘crouteuses’. Enfin, on a une split board, ce qui complète la collection. Ce qui est très important avec Jones Snowboards, c’est nos objectifs. On vise la performance, la durabilité, et la viabilité, et on aimerait être leader sur ces 3 critères.

Tu es satisfait de la première année des ventes de Jones ? c’était ce à quoi tu t’attendais ou différent de ce que tu avais anticipé ?
Je suis très content, le retour des shops et des riders m’a même surpris, en bien!

Et la gamme ? Est ce que 4 boards sont suffisantes ? Vous allez rester à 4 ou agrandir la collection ?
On aimerait étendre certains domaines de la ligne de produits pour vraiment bien compléter la gamme. Je retravaille aussi sur les modèles existants.

Un projet sur lequel on travail chez Jones Snowboards est le développement d'une ligne de splitboards. Pour ma part, je devrais dire que je suis sur une splitboard 70% du temps. On a beaucoup plus d’accès avec un Splitboard. D’autant plus que la technologie des splits a fait un grand pas en avant ces 5 dernières années. Mon splitboard ride quasi de la même façon que ma board normale. On peut faire du split toute la journée, tandis qu'avec des raquettes, je suis fatigué après 5h environ... Les splitboards ont vraiment ouvert les montagnes, on peut désormais aller partout. C’est la solution, ce qui va faire la différence et vous permettre d’aller beaucoup plus loin dans la montagne... Ce qui me mène au film sur lequel je bosse en ce moment. Le tout est d’aller plus profond (ndlr:dans la montagne), d’où le titre : Deeper.

A coté des boards, j'ai créé une fondation qui s’appelle 'Protect Our Winters', qui se focalise sur des initiatives qui ralentissent le changement climatique. Nous nous concentrons sur des projets qui peuvent montrer des résultats tangibles. On fait ce qu’on peut, à notre échelle: mettre des panneaux solaires sur une école, protéger les forets tropicales, organiser des séances d’information pour apprendre à la génération future comment vivre de façon durable, leur apprendre de nouvelles technologies etc... C’est quelque chose qui est important pour moi.

As tu atteint tes objectifs avec Jones ? D’un point de vue de l'écologie ?
Je ne serai jamais 100% satisfait, mais je pense qu’on a fait de grands pas vers la viabilité. J’étais très content de la façon dont les matériaux qu’on a utilisé ont résisté. C’est parfois le problème quand on travaille avec de nouveaux matériaux. il faut faire très attention que les matériaux répondent aussi aux attentes de durabilité et de performance des clients. On a testé des matériaux plus 'éco', mais ils se dégradaient plus rapidement.... On va néanmoins continuer à chercher.

Comment fais tu pour gérer tes différents projets ? Entre faire des images en snow, gérer Protect our Winters, diriger et développer une ligne de snowboard ?
Pour chaque projet que j'ai entrepris, je ne l’aurais pas fait sans le soutient et l’aide des gens que j’estime compétents pour réaliser les objectifs recherchés. Je suis très impliqué dans POW et Jones, mais je me fie en permanence à beaucoup de gens. Heureusement, je suis entouré de gens passionnés qui travaillent beaucoup pour que les choses tournent correctement, et je peux donc me focaliser sur le snowboard.

Dernier coup de promo, est-ce que tu as un team Jones?
Oui, j’ai un mélange de jeunes qui montent, comme Ryland Bell, Ralph Backstrom, et Marcin Jaskotka, et des riders avec plus d’expérience comme Jonaven Moore, Mitch Tolderer, et Forrest Shearer. C’est un groupe diversifié et complet qui apporte vraiment beaucoup au niveau du développement des produits. Mais si je tombe sur le rider parfait pour le team, je pourrais considérer de faire un ajout...

Parles moi du crew Deeper…
Depuis environ un an dans notre crew, il y a Xavier de le Rue. Ça fait un moment qu’on ride ensemble à Chamonix. On y était le printemps dernier, et on y retournera certainement encore. Avant, je venais toujours dans les Alpes au milieu de l’hiver, quand les plus grosses faces sont inaccessibles. Au printemps, les conditions sont de loin meilleures et ces faces deviennent accessibles. Il y a donc des images des Alpes dans le film! Pour le tournage de Deeper, j’ai aussi passé un mois sur un glacier avec Travis Rice, Jonathan Moore, Johan Olafsson, et le jeune tueur Ryan Bell. Pour l'Alaska, l’idée était d’y aller en avion, installer un camp de base, et puis on est allé rider plein de spots différents, en se faisant des premières descentes, en partant à l’aventure, avec un retour à la solitude. Le but est aussi de s’éloigner de la foule. J’ai passé beaucoup de temps avec Jake Blauvelt et Wolle Nyvelt en British Colombia. On est aussi allé au japon avec DCP, Josh Dirksen, et Tadashi Fuse. On a fait une session avec la légende du surf, Gerry Lopez, et on en a même profité pour faire un peu de surf.

Finalement, tu connais beaucoup de gars qui font du freestyle?
Tu sais, ces gars qui font du freestyle, ils sont cools. On se marre bien avec eux. Travis Rice devait venir 10 jours en Alaska, et pour finir il est resté un mois. Il y a passé un moment de dingue. Pour beaucoup de riders, le sentiment d’être là-bas sans les hélicos et les motoneige est vraiment une expérience enrichissante, et ces freestylers adorent ça. Je connais beaucoup de riders qui ont envie de rider comme ça. Donc dans le crew, on a de tout, du freerider super core au freestyler backcountry. Fredi Kalbermatten a passé beaucoup de temps avec nous l'année dernière....

Les gens veulent du changement, et c’est ce que l’évolution du freeride apporte. Si tu prends une motoneige, ou un hélicoptère, ou un spot directement accessible à partir d’une remontée, tu rides sur des spots surpeuplés, où des gens passent souvent. C’est chiant de devoir se battre avec les gens sur un spot. Donc nous, on part explorer des spots loin des gens, et le ride y est trop bien. On ne fait pas que du freeride, on fait aussi du freestyle: Travis a exploité quelques bons spots en Alaska, comme un gros gap au dessus d’une crevasse. Donc au final, l'important c'est de rider de tout.

Comment se sont passées les premières projections? tu as un bon retour du public ?
Ca se passe super bien! C’est toujours le rassemblement d’une tribu, et j’ai vraiment rencontré beaucoup de gens et d’amis en chemin. C’est vraiment cool de voir tant de gens se regrouper à un endroit pour célébrer le snowboard ensemble.

Est ce que tu as de nouveaux projets maintenant que Deeper est terminé ?
Il y a quelques projets sur lesquels je suis en train de me pencher… mais il est trop tôt pour en parler...

Maintenant que tu es un habitué du split et de la randonnée, est-ce que tu penses que tu vas retourner un jour vers les trip en hélico ?
Je n'ai pas de trip en hélicoptère prévu pour le moment. Par contre, si on me propose un trip hélico génial un jour, je dirai sûrement oui. Quoi qu'il en soit, les projets sur lesquels je bosse pour le moment n'utilisent pas non plus d'hélico...

Ok, on arrive à la fin de la remontée. Merci…
Merci beaucoup. Aurevoir. Bonne nuit. (ndlr: en francais)

Hey mais tu connais le Français !
Juste quelques mots! (encore en francais).

Au Revoir alors!

Yes. Bon Voyage (toujours en francais)

Retrouvez Jeremy Jones Samedi 16 octobre à Grenoble lors de l'avant première de Deeper pendant "Fluofun Rock la Bastille"!


Et revoici le teaser de Deeper pour les trois du fond qui n'ont pas suivi:

Et la preuve que mêmes les plus grands se mettent des boîtes lorsqu'ils poussent le ride un peu trop loin:
 


Retrouvez tous les podcast de Deeper ici et la version anglaise de l'interview de Jeremy Jones.