Snowboard : l'Etat Français (enfin) condamné !
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Snowboard : l'Etat Français (enfin) condamné !

Politique et mauvaise foi : même combat !
Texte Thaïs Rivière et Thibault Hedouin
Texte Thaïs Rivière et Thibault Hedouin
Politique et mauvaise foi : même combat !

Introduction

Chaque année, de nouvelles écoles de snowboard naissent, ou tentent de voir le jour. Seulement, sans diplôme d'état proprement dédié, il était jusqu'alors difficile pour ces écoles de se faire une place et d'obtenir leur carte pro, précieux sésame sans lequel il leur est impossible d'encadrer.

Thibault et Pat, deux passionnés de snowboard et détenteurs du Brevet d'Etat Suisse ont monté leur école dans le bassin Grenoblois : Slash. Après trois ans de procédure ils sont enfin dans la légalité et peuvent enseigner leur passion. Nous avons décidé de raconter leur histoire afin de faire un état des lieux de la situation de l'enseignement du snowboard en France, et de montrer que les choses bougent !

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Je veux devenir moniteur de snowboard en France, comment faire ?

Tu ne peux pas. Tu seras d'abord moniteur de ski, le seul à pouvoir encadrer le snowboard. Si l'on s'en tient au diplôme français c'est le D.E de ski alpin qu'il te faudra passer, le snowboard étant considéré comme une activité dérivée du ski (ça fait mal, mais c'est écrit dans le code du sport...).

Pour ça, quelles sont les étapes ?

- Test Technique : c'est un slalom, c'est lui qui une fois réussi permet l'entrée en formation.


- Cycle Préparatoire : une formation de deux semaines, après laquelle vous serez considéré comme "stagiaire" et aurez le droit de commencer à enseigner (en ski, et en snowboard, même si pour l'instant vous n'aurez fait qu'une demie journée de snowboard). À partir de là vous pourrez commencer à être payé (un peu, vous êtes stagiaire gardez ça en tête).


- Eurotest : un slalom géant, si vous avez des points FIS (moins de 80) il est ceci dit possible de l'esquiver. 


- 1er Cycle : sur 4 semaines, à l'ENSA où vous apprendrez les "fondamentaux du ski alpin en milieu montagnard enneigé". Jusque là, toujours pas de snowboard. Il faudra avoir au moins 25 journées de stage.


- 2em Cycle : sur 5 semaines, toujours à l'ENSA, là vous verrez les "pratiques compétitives" pendant une semaine. La "maîtrise technique et pédagogique de l'enseignement du ski alpin, maîtrise technique en sécurité des activités dérivées dont le snowboard" pendant 2 semaines, avec seulement 5 jours consacrés au snowboard. Vous terminerez votre diplôme sur un dernier UF "Approfondissement de la sécurité sur pistes, hors des pistes et milieu montagnard enneigé, incluant le test eurosécurité". Pour accéder au second cycle il faudra avoir effectué à nouveau à minima 25 jours de stage.

En bref, une formation longue (entre 3 et 5 ans), coûteuse, et pour laquelle vous ne serez absolument pas qualifié en snowboard (cinq jours et demi de snowboard, en tout et pour tout). Sans parler des dommages moraux, faire faire du ski à un snowboarder pendant 3 à 5 ans pour qu'il puisse enseigner, c'est vraiment pas humain.

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Et comment faire pour être un vrai moniteur de snowboard ?

L'une des solutions, celle qu'ont choisi nos amis Thibault et Pat de Slash, l'école de snowboard, c'est celle de la formation Suisse. C'est l'une des formations spécialisée snowboard les plus reconnues en Europe. 

On parle là d'une vraie formation dédiée, d'une discipline à part entière et non plus d'une activité dérivée. On ne vous obligera pas à faire du ski, à aucun moment (dieu merci). C'est une formation Suisse Allemande, qui garde la précision Suisse couplée à la rigueur Allemande. 

Vous trouverez ci dessous le parcours détaillé, mais voici les "grandes" étapes du diplôme :

- Rookie Coach : c'est un stage d'admission de 5 jours. Si vous le réussissez ils vous donneront un ordre d'idée du temps qu'il vous faudra pour valider le diplôme.


- Module Méthodologique : c'est un module qui se déroule sur 8 jours qui vous permettra d'avoir le premier niveau d'instructeur. Avec ce module vous obtiendrez le statut de stagiaire et pourrez commencer à enseigner. Attention cependant, en France avec ce statut vous ne pourrez pas être rémunéré, pour être rémunéré il faudra avoir le diplôme fini. Il est conseillé de rester en $ui$$e à ce stade.


- Module Technique : 9 jours de formation, c'est un module très orienté sur la pédagogie, du virage de base au carving engagé.


- Gestion d'urgence : ce module se déroule sur 2 jours, c'est un stage de premiers secours adapté au milieu montagnard / enneigé. 


- Sécurité et sauvetage : ce module se déroule sur 4 jours et est lié aux avalanches (détection et stratégie de recherche en avalanche), un équivalent de la première formation de l'ANENA (que nous vous avions détaillé l'an dernier).


- Module hors piste et randonnée : ce module dure 6 jours et est un approfondissement de Sécurité et Sauvetage. Il est encadré par des guides de haute montagne Suisses et comprend des cours de nivologie, beaucoup de randonnée, de la lecture de cartes...


- Module d'instructeur et examen : c'est le plus long, il dure 11 jours. Il comprend 8 jours de formation et 3 d'examen. L'examen est composé d'une partie théorique écrite et orale,  d'une partie de démonstrations techniques, d'une partie performances techniques et de jumps basiques et démonstratifs et de deux séances de pédagogie évaluées.

Le diplôme est un diplôme de niveau III, au même titre que le DE de ski alpin français. Selon la loi Européenne, un diplôme de niveau 3 passé dans un pays Européens est valable dans n'importe quel autre pays Européen. Le diplôme Suisse devrait ainsi être par définition valable en France.

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"CEUX QUI FONT LES LOIS VIVENT AU DESSUS D’ELLES" - Alpha Wann

En France, les diplômes d'encadrements en "environnement spécifique" (sports à risques : ski, snowboard, escalade, canyon...) passés à l'étranger ne sont pas acceptés d'office. Ils doivent passer par l'évaluation de la Commission Montagne qui évalue le niveau d'exigence du diplôme présenté. Ce qui d'origine est une excellente idée et s'avère utile dans certains cas.

Seulement, la Commission Montagne n'est pas aussi sérieuse et impartiale qu'elle devrait l'être, les pressions politiques étant plus importantes que le bon sens. Elle a estimé que le diplôme Suisse ne remplissait pas les exigences de sécurité et qu'il y avait une différence substantielle de niveau avec le DE de ski alpin. En d'autres termes, pour eux, le diplôme Suisse de snowboard est moins complet que le diplôme Français en snowboard

Thibault et Pat ayant passé leur D.E en Suisse, l'autorisation d'exercer en France leur a été refusée par la Commission Montagne. 

À ce stade, deux options se sont offertes à eux : 

- Se présenter à l'Eurotest snowboard, spécialement mis en place par l'Etat Français (pour éviter de se faire taper sur les doigts par l'Europe), consistant en un slalom géant chronométré en snowboard. Ce slalom est censé évaluer le niveau de sécurité des candidats (what da hell ?!). Pas complètement légal ou censé, il est organisé de sorte à ce qu'il y ait le plus faible taux de réussite possible (entre 5 et 10% de réussite), mais il reste la solution la plus rapide pour pouvoir enseigner.

- Attaquer la décision de la Commission Montagne au tribunal administratif avec l'aide de l'avocat Jean-Pierre Joseph et d'autres moniteurs dans le même cas qu'eux (Claude, Nathan, PH et d'autres...). Solution efficace, mais très lente (trois ans pour obtenir un verdict).

Le choix de Thibault s'est dirigé vers l'Eurotest (à contre-coeur), tandis que Pat s'est tourné vers la seconde option, afin de faire changer les choses.

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Le procès de l'absurde

L'absurdité de la situation assurait une victoire à Pat et ses copains devant le tribunal administratif. 

Tribunal administratif de Lyon : 

Le verdict aura été plutôt simple, il stipule que la Commission Montagne n'a aucun argument pour justifier la différence substantielle de niveau entre les deux diplômes (Suisse et Français) et qu'il n'y a pas de différence substantielle de niveau. Il stipule également que l'Eurotest mis en place n'est "pas adapté pour juger des aptitudes d'un moniteur de snowboard, il est discriminatoire puisqu'il favorise les moniteurs de ski alpin", et qu'il n'a pas lieu d'être car il existe déjà suffisamment de tests techniques et de sécurité dans le cursus Suisse.
Le préfet, en tant que décisionnaire, a été condamné à verser 1000€ par carte pro non délivrée, et à délivrer ces dernières au plus vite.

Tribunal administratif de Grenoble : 

Claude, de l'école Easy Riders, était engagé en procédure au tribunal de Grenoble. Mais pour fuir la situation, la DDCS de Grenoble après trois ans de procédure a délivré à Claude sa carte pro, quelques jours avant l'audience au tribunal, annulant ainsi sa plainte. Pas très courageux de leur part...

Malgré cette réussite, Thibault, Pat et de nombreux autres moniteurs ont tout de même perdu 3 années d'exercice professionnel, en raison de la pression politique exercée sur la DDCS et du manque de courage de cette dernière pour appliquer les textes. Ils réfléchissent ainsi à une nouvelle procédure pour dommages et intérêts. 

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Le snowboard en France, vers un avenir positif

Il faut espérer que cette victoire va motiver d'autres personnes à suivre le même parcours que Thibault, Pat et tous les autres (car ils sont de plus en plus nombreux). Que de nouvelles écoles spécialisées snowboard continueront de se monter grâce à des moniteurs passionnés, et compétents dans l'enseignement de la pratique. 

La situation de l'enseignement du snowboard en France voit de nettes améliorations depuis ces dernières années, grâce à de nombreuses initiatives mises en place. Florence Bonnier, l'une des pionnières de la reconnaissance des diplômes snowboard en France a monté France Snowboard. Une organisation qui recense l'ensemble des moniteurs de snowboard sur le territoire Français, et qui tend à structurer l'enseignement du snowboard en France. Des marques comme Burton, grâce au Riglet Park, permettent l'enseignement du snowboard aux touts petits (3 - 6 ans).

Il faut maintenant que les mentalités changent. Non, il n'est pas nécessaire de commencer par le ski avant de faire du snowboard. Non, le snowboard ça ne fait pas mal aux poignets et aux genoux. Non, nous ne sommes pas obligés de tomber pour pouvoir progresser. Et NON, il n'existe pas QUE l'ESF dans vos stations pour prendre des cours de snowboard.

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À quand le Brevet d'Etat de luge ?

Petit bonus, cadeau, pour la forme.

4 commentaires

freeflyer
Statut : Expert
inscrit le 31/10/11
Matos : 1 avis
Quand je pense que cela n'a quasi pas évolué depuis des dizaines (et je n'exagère même pas... sic!) D'années, que le snowboard est passé sous le contrôle de la GDF après avoir essayé de (sur?)vivre seul en étant tailladé de toutes pièces (qui se souvient de Marielle G. qui comparaît les snowboarders à des géants tueurs d'enfant squi défoncent les pistes des skieurs...). J'espere reellement que ca va changer et que les jeunes ne seront pas bloqués comme moi à passer le monitorat fédéral pour seul moyen français, d enseigner la planche qui glisse er de se faire exploiter après.
Triste système dont l'industrie EDF tire les ficelles.
Nota: je n'ai rien contre les profs de Snow ESF. Ils en sont parfois les premières victimes; mais cela m'attristait de devoir donner des cours a des monos ESF- gratos car interdit de se faire rémunérer quand t es Moniteur fédéral-, qui eux se faisaient payer pour enseigner un sport qu' il ne maîtrisait pas encore...

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shoot

inscrit le 08/09/08
Bravo aux quelques passionnés qui osent s'investir dans des ecoles de snow pour les plus jeunes. L'apprentissage du snow en france (je ne sais pas dans quel état c'est dans les autres pays) est une honte.
J'ai commencé le snow en CM2 vers 1995 seul avec mes potes quand le ski était encore has been et que notre esprit de jeune rebel cherchait plus fun que d'être un simple bipède.
Maintenant que le ski à copié tout les codes qui donnait sont charme au snow les jeunes qui généralement commencent par l'apprentissage du ski faute d'alternatives n'ont plus aucun intérêt à changer pour le snowboard plus tard.

Les marques, principales victimes de la baisse de pratiquants auraient dû depuis longtemps investir dans les futurs générations pour que les enfants mais surtout les parents (car à 3-4 ans généralement ce n'est pas l'enfant qui fait sont choix) puissent avoir une alternative à la garderie + école de ski esf.
J'ai acheté un snow à mon fils dès ses 3 ans mais malgré le fait de ne pas être mauvais sur ma board apprendre à un petit n'est clairement pas simple. Il a donc fait des courts de ski (malheureusement) + du snow avec moi et maintenant à 7 ans à (à mon plus grand bonheur) laissé tombé les ski.
Pour une famille non passionné de snowboard il est clair que les parents ne vont pas se poser de questions, les enfants feront les courts de ski et arrivé plus grand en âge de faire des courts de snow très peu auront la motivation ou l'envie de repayer des lessons.

Quelques écoles se sont créé et c'est top mais l'initiative est encore beaucoup trop rare et les tarifs pour les tout petits (à mon avis) trop élevé. Dans la plus part des stations les snowboarders de moins de 8 ans passent pour des extraterrestre c'est vraiment rageant.
Pour finir un gros bravo à Avoriaz ou j'ai passé une semaine en avril dernier et ou pour la première fois j'ai croisé plus de snowboarder sur les pistes que de skieur et des enfants tout petit. La stations mets plus de moyen que les autres et clairement c'est visible.

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RotiBalboa
Statut : Confirmé
inscrit le 16/12/14
Matos : 4 avis
Coucou. Étant en ce moment au Canada en station, il existe aussi bien des moniteurs de ski que de planche à neige (certes moins nombreux mais ils sont là). Ils n'ont pas été obligés de passer par toutes ces étapes là pour pouvoir enseigner le snow.
Il y a 4 niveaux (je ne connais pas encore les détails) que ce soit en ski ou en snow, les 2 sports sont gérés par 2 associations différentes, l'AMSC et l'ACMS (ok les acronymes se ressemblent mais ce sont deux entités différentes), et donc les 2 sports sont séparés, les 2 sports peuvent être enseignés au sein d'une même structure: l'école de glisse (ski, snow, télémark, snowscoot, yooners (nan j'déconne)). Et déjà le terme "école de glisse" est représentatif, ce n'est pas "école de ski". Donc clairement ya de côté-là une volonté d'englober tous les sports de glisse quels qu'ils soient. Cependant, on se heurte encore à la mentalité des plus vieux skiers ou des parents qui, même si leurs enfants seraient intéressés, les poussent à apprendre le ski avant le snow, parce que dans leur mentalité pour savoir faire du snow, il faut savoir faire du ski. Et ça à faire changer, ça va être long, mais long...

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Samuel Gave

inscrit le 23/12/17
Bonjour,

Il existe une autre façon de faire de ta passion un métier.
Nous avons en Suisse deux filière de Formation (SSBS et SSSA). La plus fréquenté et qui a su d'adapter à l'évolution du sport est selon moi SSSA. http://www.snowsports.ch/fr/formation/cours-de-formation.html
Je suis Franco-Suisse, travaille comme expert chez SSSA et travaille comme responsable de formation snowboard a l'ESS de Verbier ou les enseignants snowboard avait suivit la voie SSBS... maintenant ils découvrent une façon beaucoup plus ludique, fun et adapté aux caractéristique de notre hôte.
Si vous avez des questions concernant la formation de Professeur de sports de Neige en Suisse n'hésitez pas à directement écrire à info@snowsports.ch ils parlent très bien français et se feront un plaisir de te répondre.

Joyeux hiver

Peace, Love & Snowboarding

Samuel Gave

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