Victor Daviet : Video PART (24h) et Interview grand format.
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Victor Daviet : Video PART (24h) et Interview grand format.

Victor Daviet n'est plus un jeune rider français qui monte, cette époque est finie. 

En 2014 il score une part complète dans la dernière Absinthe, fait son premier trip en Alaska et intègre la Grande Ecole GEM. Il a des sponsors qui le soutiennent solidement et une copine canon. Oui, il est énervant. 

A l'occasion de la sortie de sa video part Absinthe pour 24 heures seulement, voici la première interview de Victor Daviet sur Fluofun. 

***** EDITE ***** Les 24h sont terminées, on vous laisse donc vous plonger directement dans l'interview...

***** RE-EDITE ***** Magie de la technologie, la video part est revenue sur les internet, et cette fois c'est pour de bon !


Salut Victor, C'est la tradition, commence par te présenter.

Salut, je m’appelle Victor Daviet, j’ai 24 ans, je viens de Gap dans les Hautes Alpes, c’est là que j’ai commencé le snowboard. J’habite depuis peu à Annecy. 

Pourquoi Annecy ?

J’y ai fait mes études pendant 5 ans, et cette ville m’a beaucoup plu. J'ai beaucoup d’amis qui y habitent et avec ma copine, on s’est dit que vivre à Annecy pourrait être cool. Du coup j’ai un pied-à-terre à Annecy et un à Grenoble, où ma mère habite. C’est plutôt cool pour la saison.

Tu as fini tes études ?

Non pas du tout. Après 5 ans à l’université à Annecy le Vieux, j’ai décidé de continuer encore en sport-études à Grenoble, à GEM, Grenoble Ecole de Management. L’école de commerce de Grenoble a une section sport-études, ça fait maintenant 3 mois que j’y suis. Les cours se font uniquement par internet, ça me permet de rider. J’ai signé pour 4 ans, du coup j’ai 4 ans de cours et de snowboard devant moi ! Si tout se passe bien, je finirai avec un Master en management grande école de commerce. Je fais ça avec notre ami snowboarder Johann Baisamy : on s’est motivés tous les deux. Les cours sont intéressants, c’est pour l’instant une bonne aventure même si le rythme est plutôt rude.

C’est intéressant de parler de Johann Baisamy, car vous êtes proches mais avez deux façons de faire du snowboard qui sont très différentes. Lui est plutôt axé compétition alors que toi, tu n'en fais plus...

J’ai commencé par la compétition, j'en ai fait beaucoup, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas le snowboard que j’aimais.

J’ai eu l’opportunité avec Rip Curl de commencer à filmer. Ca m'a beaucoup plu et on a commencé à faire du backcountry avec Victor de le Rue. On a bien accroché et depuis, on est à fond ! C’est dur de faire un retour vers la compète, et ce n’est pas ce que j’ai envie de faire. Quand on commence à filmer, c’est dur de faire marche arrière.



C'est un peu "bateau", mais on va prendre le temps, c'est ta première interview sur fluofun... Raconte nous comment tu es venu au snowboard.

Je suis né en 1990 à Lyon. Alors que j'avais 1 an, mes parents ont déménagé Gap, et là j’ai fait du ski jusqu'à 7 ans. Je glissais juste, j'étais le caïd des neiges. A 8 ans, à Réallon - une mini station au dessus du lac de Serre-Ponçon - j’ai commencé le snow grace à ma mère et ma marraine. Pendant 3, 4 ans j’en faisait tous les dimanches avec ma mère et mon frère. J’ai commencé à avoir un petit niveau, je ne parlais que de snowboard... ma mère m’a alors inscrit au club Atmosphère, un club sponsorisé par le shop Atmosphère. 

J’étais avec tous mes potes du collège, on allait rider presque tous les mercredi et tous les samedi et dimanche. C’est là que j’ai rencontré Benoit Thomas Javid, Jean Jacques Roux, Sully Monod, … On a commencé à se faire un bon crew et à rider ensemble. Certains étaient un peu plus vieux mais c‘était les idoles ! On les voyait de temps en temps au club ou sur les évents, du coup on suivait un peu l’exemple. On tournait sur le park, il y avait 2 petites tables qui s’enchainaient on était contents ! 

Dès qu’il y avait de la poudre Gaëtan Demarre et Seb Bellu nous emmenaient faire de la pow, et tous les dimanche avec nos potes du club on allait se faire un kick en backcountry. On shapait, on s’éclatait avec notre kicker et on sautait. Je me rappelle qu'en débuts de saisons ma mère nous montait même au Lautaret pour faire notre kicker.

C’était quand, début 2000 ?

C’était au début du collège, 5ème, 6ème, vers 2002. Il y avait aussi les petits contests Atmosphère mais on n'avait jamais trop fait de compétition. Au bout d’un moment les coachs nous ont dit "même si ce n’est pas trop dans l’esprit du club, on va aller faire de la compétition". On est allés à Risoul pour une compétition régionale de pipe, je devais être en 4ème ou 3ème. Ensuite on a fait une première compétition, que j’ai gagnée, ce qui nous a permis d’aller aux Championnats de France avec Ben Thomas-Javid. 

On était complètement à l’arrache, on a loupé le rider meeting et ils avaient avancé de 2 heures le départ, car il faisait trop chaud. On arrive en haut du téléski et on entend « le numéro 53 Ben Thomas-Javid ! » ! Ben était trop chaud, il y est allé full speed, il s’est éclaté. Bref, on a fait ce premier championnat de France, où on n’a pas été très performants, mais l’année d’après j’ai gagné les Championnats de France Minime, ce qui m’a permis d’aller à Villard (ndlr : en sport-étude). C’est là que j’ai vraiment vraiment beaucoup ridé, notamment avec Thomas Delfino. On avait une bonne équipe, le sport étude nous permettait de rider tous les jours et nous avions nos premiers sponsors.

Victor Daviet et Fluofun, une longue histoire... Voici sa toute première photo publiée sur ce site, dès la troisième news de notre histoire. C'est même la première photo d'action de Fluofun. Mondial du snow 2007, photo par Jérome Tanon.

Ok, mais là tu restes encore un rider "parmi d'autres". Comment on se retrouve, 5 ans plus tard seulement, à filmer avec Absinthe ?

Au tout début, on a commencé à filmer sur les sessions du dimanche en backountry. J’ai un pote qui était bien branché vidéo et il faisait des petits montages VHS. C’était juste comme ça, jamais j’aurai pensé faire des vraies vidéos un jour. 

Quand Rip Curl a décidé de faire son programme « Welcome Home »on a commencé plus sérieusement le backcountry avec Victor de le Rue. Le projet a continué et nous avons shooté pendant au moins 3 ans avec Rip Curl. Au même moment il y a les vidéos Harakiri qui ont commencé, et là c’était vraiment trop de la balle parce que ça rassemblait tous les copains, que ce soit en park ou en backcountry.

C’est vraiment à ce moment que les shootings ont commencé pour nous. Plus ca allait, plus on filmait, et on faisait de moins en moins de compétitions. Ensuite, il y a Almo qui a été créé, et la première année je filmais avec Almo et Harakiri. Mais c'est l'année suivante que j’ai fait une très bonne saison. Avec Victor de le Rue et Thomas Delfino, on s’est mis vraiment une grosse motive en backcountry, à replaquer des bons gros tricks. Ca m’a vraiment poussé, ça m'a emmené là où j’en suis aujourd'hui.


Du tout premier podcast tourné dans le Queyras...


aux fameux tricks de LA grosse année.


Par ailleurs j’ai changé de sponsors : je suis passé de Rip Curl à Dakine. Rip Curl n’avait plus vraiment les moyens de me pousser, alors que Dakine et Salomon ont vraiment mis les moyens pour que je puisse filmer avec Absinthe.

Il faut expliquer aux lecteurs qu'actuellement, il faut obligatoirement le soutien de sponsors pour filmer avec ces boites de production internationales. C'est l'argent des sponsors qui permet de payer les cameraman, les trips etc...

Oui, il est impossible de filmer avec les grosses productions si ton sponsor n’a pas le budget pour financer ta video part. D'ailleurs il y a plein de bons riders qui ne peuvent pas filmer avec ces boites de prod, justement parce que leurs sponsors ne peuvent pas payer. Il y a un coté business, pas très cool, mais il faut bien que les productions vivent.

Chez Absinthe je me retrouvais avec les français Victor de le Rue et Mathieu Crepel qui ont un gros passé alors que moi je sortais de Gap un peu à l’arrache... Je ne sais pas si c’est vraiment une chance, mais ça parait quand même assez fou pour un Gapençais ! Quand je me suis retrouvé en Alaska avec tout le crew Absinthe, en haut de ma montagne je me suis dis "wouah c’est fou". Je n’ai rien cherché, tout est arrivé naturellement.

Une photo publiée par victordaviet (@victordaviet)


Tu as toujours été chez Salomon, et en outerwear tu n'as changé qu'une seule fois. La fidélité à tes sponsors, c'est un choix conscient ?

C’est une relation de confiance entre le rider et la marque. Que ce soit le sponsor ou moi, on a toujours été contents, et nous avons fait en sorte que les choses évoluent. Pour Salomon, je suis tellement bien chez eux que ça ne me viendrait même pas à l’idée de partir. Quant à Rip Curl, j’étais bien chez eux mais à la fin, il était temps que je m'envole. Sans compter qu'il était bien que Victor de le Rue et moi ayons deux sponsors différents.

Un "trop" grande proximité avec Victor qui pouvait rendre confuses vos images ?

C’est marrant, parce que j’étais habillé en Rip Curl et certaines personnes trouvent qu’on se ressemble, alors souvent j'entendais « Hey comment va ton frère ?», on me prenait pour Victor (de le Rue), le frère de Xavier, ça ma toujours fait rire. C’est vrai que les gens nous confondaient, et ils nous confondent encore un peu... 

Maintenant que j’ai changé de sponsor, le public nous confond moins, je me suis fait un nom de famille. Mais niveau business et reconnaissance, Victor de le Rue est, je pense, toujours un stade au dessus de moi. C'est le frère de Xav, et moi j’étais toujours un peu le "petit gapençais"... Je suis chez Dakine maintenant, c’est mieux pour moi. Mais cet hiver on sera encore bien ensemble avec Victor !

Tu penses que venir de Gap est plus un inconvénient que de venir des Pyrénées ?

Humm … tout dépend. C’est trop cool de venir de Gap : tu fais du snowboard pour toi, sans te prendre la tête, tu es très loin des compétitions...  Je suis très content d'avoir fait du backcountry tous les dimanche avec mes coachs, ou plutôt mes potes/coachs. Mes amis qui viennent d'ailleurs ont souvent commencé par le boardercross à 5 ans et demi, alors que nous on apprenait juste le snowboard à la cool. A l'époque du club de Gap, jamais je me disais que j'allais finir avec Absinthe... J’étais sur-motivé, mais je ne pensais pas du tout à ça. 

Il se passe quelque chose à Gap... l’ancienne génération, vous... c’est grace au shop Atmo ?

C’est grace à Lolo d’Atmo ! Il a un grand cœur, il a toujours été passionné de snow, il a toujours voulu aider les snowboarders. Je ne sais pas comment s’est formé le crew mais en tout cas, c’est grace au shop. Il a réussi à créer cette équipe, c’était comme un vrai sponsor. Il avait 5 riders et leur donnait jusqu’à 3 boards par an, ce qui est beaucoup pour un shop ! Il s’est vraiment bien occupé de nous, la nouvelle génération avec Ben TJ... Il sponsorisait aussi le club, il organisait des petits contests... il créait une motivation de groupe.

En ce moment il y a plein de discutions sur le snowboard "qui était mieux avant" ou mieux maintenant, est-ce que ca ne serait pas ça qui a changé, des shops super impliqués pour aider les riders ?

Les shops sont souvent les premiers sponsors pour les riders, c’est comme ça que ça part. Peut-être que la situation est plus difficile pour les shops aujourd'hui ? Peut-être que j’ai vieilli, mais j’espère que les jeunes vont toujours autant dans les shops et qu’ils sont toujours à fond, comme je l’étais, et que les shops les suivent toujours autant. Il y a encore beaucoup de shops qui ont des riders ! Lolo d’Atmo faisait tout, il payait ses saucisses le dimanche.


Revenons à ta video part un peu. Quelle est la différence entre filmer avec Absinthe et... filmer juste entre potes, genre Harakiri ? T'es tu retrouvé, comme cela arrive parfois quand un rider filme avec une nouvelle prod, avec des riders / cameramen que tu ne connaissais pas ?

Je n’ai pas eu cette transition difficile. J’avais déjà shooté avec le cameraman Absinthe qui est un gros ours, il faut juste le connaître... J’ai passé l’hiver avec lui du coup ça c’est bien passé. C’était quand même assez facile, il y avait une bonne ambiance sur les shootings. C’était presque comme à l’époque d’Harakiri, on a juste pris un peu de niveau et les spots ont grossi, ils étaient plus techniques. Je savais que le niveau allait être deux fois plus élevé, qu’il fallait que je sorte un truc encore plus gros qu’avant.

Comment tu gère cette pression du "toujours plus gros" ? C’est juste dans la tête ?

C’est juste mental. Je pense que ça se fait automatiquement, d’années en années tu n’as pas envie de régresser et tu te dis qu’il faut progresser, progresser et faire des images encore plus fat, des tricks encore plus originaux. Une fois que tu es chez Absinthe, tu sais comment ça se passe. Si tes images sont moyennes, elles ne passeront pas dans la vidéo. 

Tu peux potentiellement filmer toute une saison pour Absinthe mais si tes images sont moyennes, tu peux ne pas te retrouver dans la vidéo ?

L’exemple s’est vu cet hiver. Il y avait beaucoup de riders chez Absinthe cette saison, une quinzaine, donc la sélection d’images a été très sévère. Les riders qui avaient des images "moyennes" ont très peu d’apparitions dans le film, voire même pas du tout pour certains. 

Et toi, tu te retrouves avec une vraie full part.

Pour une première année chez Absinthe, j’étais super content d'obtenir une full part, avec une chanson juste pour moi. On a fait le montage pendant que j’étais à Mt Hood l'été dernier. Ils sont venus avec les ordis et j’ai pu checker toutes mes images. J’ai commencé le montage avec Justin Hostynek, c’était un moment assez mythique... Faire le montage de sa propre part avec Absinthe, c’était vraiment cool.

Victor à Mt Hood avec Shane Charlebois et Justin Hostynek, en train de checker ses images pour la première fois...

Aujourd'hui tu es dans l’une des meilleures boites de prod, tu t’es mis la pression pour filmer des gros tricks, est-ce qu'à un moment tu te dis "merde qu’est-ce que je peux faire de plus l’année prochaine" ?

Je ne pense pas vraiment avoir été au bout de mes capacités, je peux toujours faire mieux. La question ne s’est même pas posé ! J’ai encore une bonne grosse marge de progression, et je ne suis pas arrivé au bout de ce que je peux faire. L’année prochaine, on va faire un projet Transworld avec Victor, j’espère que ça va être un bon projet encore une fois. J’espère qu’on va trouver des trucs cools à faire avec nos snowboards.

En compétition, la progression passe en ce moment par toujours plus de rotations, ce qui engendre des critiques. Cette discussion est moins présente dans le milieu du backcountry, est-ce parce qu’il y a plus de possibilités avec le terrain?

On veut essayer de faire des trucs un peu différents, que ce soit au niveau des spots ou des tricks. J’ai beaucoup d’idées de tricks et de trips pour cet hiver, partir en montagne, camper, faire du backcountry autour du campement, de l'igloo. Et il y a encore plein de traces à faire dans ce monde.

Une approche quasiment freeride ?

Faire de la poudreuse, c’est déjà faire du freeride. On fait du freeride, on fait des petites lignes... En trainant avec Thomas Delfino, tu fais plus de freeride.

Thomas Delfino est dans une approche plus freeride ?

Il est à fond ! il a toujours été ultra passionné de montagne, plus que VDLR ou moi. Dès qu’il voit un spot, il est vraiment à fond.

En se basant sur d'autres trajectoires d'évolutions de riders, il semble y avoir deux directions ensuite. Sois tu pars dans la direction freestyle / freeride de Travis Rice qui fait "toujours plus gros", ou alors une approche à la Xavier de le Rue / Jeremy Jones, carrément freeride ?

Le freeride extrême, ce n’est pas pour tout de suite. En Alaska on a fait des gros trucs, pour moi c’était déjà une grosse expérience freeride ! Mais de là à faire des trucs comme Xavier de le Rue ou Jeremy Jones... C’est de l’alpinisme snowboard, je n’en suis pas là et je ne sais pas si c’est ce que j’ai envie de faire. 

La différence que je vois entre ce que tu fais actuellement et ce que fait Xavier, c'est que dans vos images - même si ce n’est pas le cas en vrai - ça à l’air cool à rider.

C’est totalement différent, Xavier c’est de l’alpinisme, c’est du freeride vraiment engagé. Par exemple ma ligne en Alaska avec l’avalanche, c’était l’une des plus cools que j'ai fait : c’était ma première descente et je voulais assurer un run tranquille. 

Raconte nous l’histoire de tes premiers jours en Alaska jusqu’à ton premier run, et cette fameuse avalanche sur ton premier run.





Tout commence en Mars en France. C'était la canicule et la neige fondait vite... la saison de backcountry était finie pour l’Europe. Mais il nous manquait quelques shot, alors on décide d'aller à Whistler faire du backountry.

Whistler, chez Romain de Marchi, c’est vraiment grosse expérience aussi ! Grosses motoneiges, la totale. J’en n'avais jamais trop fait, j’en ai bien chié. Bref, au bout de quelques jours où on enchaine des le mauvais temps on se rend compte que les conditions n'étaient pas top. 

Alors que nous sommes encore à Whistler, on apprend qu'après un début de saison difficile, l’Alaska est devenu bon... Un jour les gars d’Absinthe me disent « Au fait, on part en Alaska, tu veux venir ? Il faut que tu nous le dises très vite. » woooh ! woooh ! woooh ! Un trip en Alaska, tu ne l’organises en une minute ! Mentalement non plus ! J'ai le cœur qui bat, le cerveau qui fait des backflips... J’y vais ? J’y vais pas ? Est-ce que j’ai le niveau ? 

Pour moi ça a toujours été un rêve, en plus il y avait Mathieu Crepel et Victor de le Rue... On était une bonne bande, bon allez GO, j’y vais ! Il fallait que je gère le budget aussi, parce que c’est un gros coût d’aller en Alaska. Dakine m’a aidé à nouveau (merci !), et aller en Alaska est devenu possible.

Donc j’ai dit oui, et trois jours après on était à Haines, Alaska, perdus au bout du monde dans ce petit village de pêcheurs, mythiques pour l’héliski. On avait loué un camping car pour que ça nous coute moins cher, ça nous faisait à la fois voiture de location et hébergement. Après 2 jours de mauvais temps on nous dit "c’est bon, montez dans l’hélico". On s’équipe, on prend l’hélico, on repère des zones, mais le temps se couvre, on doit rentrer. On a quand même pu voir quelques zones. 

Deux jours encore après, ça repart, beau temps, petite couche de neige fraiche etc... Toutes les conditions sont réunies pour que ce soit bon pour un premier jour en Alaska. On monte, on était un gros crew, huit riders. Il y avait tout Absinthe dans l'hélico plus deux caméraman, un photographe et deux guides. Je faisais partie de la deuxième cargaison. Les premiers riders font une ligne, je regarde comment ça se passe pour eux.

Là qui drop ?

Il y a Victor de le Rue, Mathieu Crepel, Manuel Diaz, Jason Robinson et Mike Basich qui dropent, ils font tous un run. Les conditions n’avaient pas l’aire hyper stables, mais ça avait l’air d’aller, les guides étaient vraiment sereins. Il y a eux quelques chutes je crois, mais ça allait. Une partie du crew avait déjà ridé en Alaska cette saison, du coup ils était bien confiants. Deuxième cargaison, là j’étais avec Blair Habenicht, c’était mon tour. 

Je monte dans l’hélico, avec mon petit snowboard, ma radio et c’est parti. Justin me dit « là c’est à toi, bon tu fais pas de la merde. Tu y vas, tu t’arrêtes pas dans ta ligne, tu fonces », Okay, je gère. Donc la je check ma ligne, je choisis une ligne avec une sortie facile, pas trop raide non plus. Je suis une espèce de cliff pour faire du sluff (une mini coulée pour que les images rendent bien), le plan A était quand même assez simple. Ce n’était pas une grosse face, 500 m de dénivelé max. L'hélico me pose en haut de ma ligne, et comme d’habitude en freeride je me retrouve devant un plan incliné qui descend de plus en plus, je ne vois pas bien où il faut aller. J’ai un peu l’habitude du coup je me dis "c’est par là", je re-check les photos et c’est bon, tout est calé.

Quelles photos tu check, tout seul au sommet ?

En fait, en bas de ta ligne tu prends des photos de la face avec ton téléphone ou ton appareil photo, pour être sûr de là où tu dois passer. Quand tu es en haut tout est toujours différent, du coup il vaut mieux être sûr de son coup. Bref je check tout, tout était bon, il m’appelle à la radio, je répond « okay tout est bon, je suis prêt pour y aller ». Là, ils redémarrent l’hélico, qui arrive au dessus de ma tête. J'ai le cœur qui bat à fond. Ils me parlent à la radio mais avec le bruit de l’hélico, ma radio qui ne marchait pas ou je ne sais quoi, je n’entends pas bien. 

Du coup je me retrouve à faire le signe traditionnel pour droper, dans l’hélico il me font le signe du pied et 3 secondes après je droppe. Au deuxième virage, c'est toute la face qui part. La première avalanche de toute ma vie.

Je devais suivre la cliff qu'il y avait à gauche de l’image, j’ai vite senti que ça partait alors je me suis écarté de la cliff, pour ne pas la descendre avec l’avalanche... Là je suis parti tout droit pour dépasser l’avalanche que j’ai doublé, après j’ai du sauter la rimaye. La rimaye, c’est la crevasse qu’il y a en bas, dans l’angle des glaciers, on en voit souvent sur les images. J’arrive à fond et juste en sautant cette petite cassure je tombe. Juste une petite boite qui me fait perdre ma vitesse et là... il y a toute l’avalanche qui arrive derrière.

Tu es debout quand l’avalanche arrive ? Tu tombes mais tu as le temps de te relever?

Oui, je me relève, mais je sais que j’ai perdu toute ma speed. J’ai à peine le temps de me retourner et l’avalanche m’arrive dans le dos. Je me jette un peu par dessus sur l’avalanche. Je savais que c’était de la neige légère et qu’il n’y avait à priori pas de blocs... Une fois dans le nuage, j’ai tiré l’airbag et j’ai nagé. Par chance je me suis retrouvé au dessus.

Au dessus mais quand même enseveli jusqu’à la taille ? Tu pouvais te dégager tout seul ?

Oui, j’aurais pu me sortir tout seul mais j’ai fait signe à l’hélico et il est arrivé tout de suite. J’ai commencé à me dégager et ils sont venus m’aider avec une pelle pour finir le travail.

Vous avez continué à rider ensuite?

Après ça, on a fait une petite pause. On est restés juste à coté du spot, sur un lieu sécurisé. On était un gros crew et la beaucoup ont décidé de rentrer, à part Victor de le Rue, Mathieu Crepel et moi avec Justin d'Absinthe. On a pris l’hélico et on est allés rider d’autres lignes direct. La deuxième ligne, j’avoue que j’étais un peu sous pression, mais ça c’est bien passé.

Ta deuxième ligne est dans la vidéo ?

Non, mais elle était cool. Un ollie sur une petite pente raide, j’ai même pas réfléchi, j’étais tellement en pression que je me suis mis un tout droit quasiment d’en haut jusqu’en bas. Il y avait Justin en bas de la face qui me dit « p*tain, tu rides vite » je lui dis que j’ai eu peur et que pour le coup j’ai ridé vite... Et voilà, ensuite le trip était parti, ce fut vraiment une bonne expérience.

Est-ce qu’il y a des pentes, ridées par des snowboarders, encore trop difficiles pour toi ?

L’Alaska c’est vraiment grand et il n’y a pas de limite au niveau des montagnes. Il y a des runs qui sont vraiment techniques. Oui, il y en a beaucoup que je ne suis pas près de faire ! A un moment dans la Absinthe il y a un run de Manuel Diaz... Déjà il vaut mieux être goofy pour faire ce run. Il saute plusieurs falaises au dessus d’une plus grosse falaise encore, vous verrez c’est un shot en noir et blanc avec beaucoup de grain dans la vidéo. 

Ce run là, c’est un run mythique et très engagé que je n’ai pas envie de faire pour l’instant. Je préfère aller faire des tricks en utilisant le terrain plutôt que de faire des gros runs vraiment violents, je pense que je me ferais plus plaisir là dessus.

Est-ce que cette expérience va changer ta façon de rider chez nous ?

On peut avoir des bonnes conditions ici. Tu prends de l’expérience en Alaska, du coup tu vois les choses différemment. C’est aussi la peur qui évolue. Quand tu t’es fait peur une dizaine de fois, tu n'as plus peur. Tu acquières une expérience qui fait que tu dis "je vais passer là, là et là". Tu étudies mieux le terrain, tu vas le percevoir comme moins dangereux.  

Là-bas tu es vraiment dans de très grosses montagnes. En France tu vas faire un ou deux runs dans la journée, la-bas tu en faits quatre ou cinq grace à l'hélico, c’est vraiment un stage intensif. Tu commences avec des runs cours et assez simples puis tu finis avec des runs plus longs et plus techniques. Tu apprends très vite. J’aimerais bien avoir un jour un travail qui paye assez bien, pour mettre des sous de côté pour pouvoir aller faire des trips en Alaska...

Pour faire un trip en Alaska juste pour rider ? Sans la logistique de shooting et tout ce qui va autour, juste pour enchainer les runs ? 

Oui, ça doit être fou, mais c’est un trip cher. Nous on a fait 6 ou 7 jours d'hélico. C’est le paradis pour les snowboarders qui aiment la poudreuse. Il ne faut pas se dire qu’en Alaska il n’y a que des pentes de malades, il y en a pour tous les niveaux.

Plus accessibles pour les américains que les Européens non ?

Il y a juste UN billet d’avion de différence ! Je serais prêt à économiser plus tard pour me refaire des trips en Alaska, il n’y a pas de soucis. Je suis assez proche de mon frère et je me suis dit que ca lui ferait un cadeau magnifique... Tu vois, on a toujours ridé à fond avec mon frère et ça me plairait de lui faire découvrir l’Alaska, parce que c’est fou. Et encore, c’était une mauvaise année.

Tu peux aussi avoir le risque de passer trois semaines dans le mauvais temps et ne pas sortir ?

C’est le jeu, il n’y a pas de neige sans mauvais temps...

Un dernier mot pour conclure cette interview ?

Le snowboard devrait rester un plaisir avant tout, et les jeunes ne devraient pas uniquement penser à devenir pro... qu’ils se fassent des crews de potes et que ça reste comme ça !

Tu penses qu’il y a trop de kids qui sont dans un optique "sponsors" ?

Oui je pense. Enfin... je suis pro, du coup c’est peut-être incongru de dire ça... Mais pour moi c’est venu comme ça. Même si maintenant ça a évolué, même si mon projet de cette année est ultra fat, je ne me mets pas la pression. Je me dis que je vais faire du snowboard, que ça va être cool. Il faut se donner les moyens, il faut rider à fond. Mais il faut être motivé pour le snowboard, pas pour les sponsors. 

C'est sûr qu'une fois que tu es pro, il te faut des sponsors pour continuer ce que tu fais. Voyager, filmer, tout cela coûte cher et tu as besoin de gros budgets si tu veux montrer ce que tu vaux, surtout en backcountry. Mais au fond, il faut rester cool et s'amuser.

3 commentaires

Chelmi
Chelmi
Après des années à se plaindre que nous n'avions pas de "super-pro" français, voir daviet (et Delerue) arriver à un tel niveau fait vraiment plaisir à ancien comme moi. Il y a bien eu longo et Crepel, mais pour moi ils sont avant tout issus de la compétition. Les victor sont pour moi les descendants de David Vincent et Franck Screm. Depuis eux, personne ne m'avait fait fait vibrer comme ça !
Du bon ride, pas de fausse attitude de ricain du 74, des gars simples.
À la lecture de cette interview (un peu longue quand même) j'espère que ses potes Delfino et Benoit TJ les rejoindront vite à ce niveau d'exposition...
Merci Victor de représenter la france !

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killa
killa
euh les ricain du 74 porte le snow francais a l'international depuis plus de 10ans je pense pas que le snow francais ressemblerai a aujourd'hui sans les homies!

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