Victor de le Rue - interview
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Victor de le Rue - interview

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Peu de riders français peuvent se targuer d'avoir eu une part de fin dans une production internationale. Victor de le Rue fait désormais partie de ce club très select, avec le segment final dans la dernière Absinthe, Dopamine. Voici une video part ultra complète des images de Victor en backcountry cette saison. 8 minutes d'images qui vous emmèneront de la Savoie à l'Alaska, 8 minutes de ouf. 8 minutes pour découvrir à quel point Victor a tout déchiré la saison dernière. Interview.

Salut Victor. Tu es le premier à avoir une deuxième vraie interview sur Fluofun, ce qui nous déstabilise un peu. Nous avons relu la précédente, réalisée il y a quatre ans déjà. Nous avions abordés quelques sujets qui n'ont pas changés depuis, comme tes premiers pas dans le snow etc... donc ceux qui n'ont pas encore lu cette première interview devront la lire avant de commencer celle là, on ne va pas revenir dessus. (ici).

On trouvait intéressant de faire une "suite". A l'époque tu nous disais être à l'IUT d'Annecy, en seconde année. Alors ? Tu es diplomé ?

Oui, j'ai eu mon diplome ! En trichant un peu mais je l'ai eu ! Ce fut des années incroyables, avec mes potes en colloc dans une maison de ouf qu'on ne pourra jamais se payer... 

Même si l'IUT était aménagé snow-études, est-ce que le fait d'avoir fini, de pouvoir rider à 100% a changé quelque chose ? 

L'IUT était uniquement les mois d'été, donc ca n'a pas été un grand changement, sauf sur la fin de saison. L'IUT commençait mi-avril, et ne plus y être me permet de finir la saison plus tard : ces dernières années je suis allé en Alaska, puis à Superpark, et ça fait une saison qui finit le 15 mai environ. Les années où j'étais en cours je ne pouvais pas rider les park US de fin de saison, c'était le sacrifice à faire. Depuis je vais en Alaska shooter, puis une semaine à Superpark avec les potes du A Branler et de Potager, et c'est bien cool.

Sacré fin de saison, Alaska puis Superpark, mega montagnes puis mega park...

Oui ! Sauf qu'en fin de saison, j'étais éclaté... Après 6 mois de ride à fond, j'ai eu du mal à me motiver à rider à superpark, c'était vraiment plus pour être avec les potes.

On s'est beaucoup croisés cette saison, et nous t'avons sentis, non pas stressé, mais très concentré le fait de filmer pour Absinthe, trouver des gros spots etc... Est-ce que la fatigue est venue de là aussi ?

C'est vraiment moi qui avais envie à chaque spot de faire des trucs qui sortent de l'ordinaire, faire de mon mieux à chaque fois. Mais sinon, je n'ai pas eu de pressions extérieures, sponsors ou autre.

Transfer, frontflip one foot. Sortir de l'ordinaire.

Mais... c'est moi ou tu as des cheveux blancs ?!

Oui, j'ai des cheveux blancs, haha ! J'ai deux touffes sur le coté, et là, j'ai réalisé il y a deux jours que j'en avais devant aussi, je me suis dis que c'est chaud ! 

Petit stress alors quand même...

Mes frères aussi ont des touffes blanches sur les cotés, c'est probablement génétique. Mais ils ne les ont pas eues si jeune, 24 ans !

On s'est également croisés lors des deux Air & Style, en Chine où l'on avait fait un suivi spécialement sur toi (à découvrir ci dessous), et à Innsbruck, pour le Air & Style encore.

Oui, ce sont les deux seuls contests que j'ai fait de la saison. Je les ai fait parce que l'organisation m'a invité mais je n'aurai jamais pensé faire ce contest un jour ! Quand j'étais petit, l'ex copine de mon frère Paulo m'avait dit "un jour tu finiras au Air & Style ! " ou un truc du genre, et pour moi c'était quelque chose d'impossible ! A l'époque il y avait Travis Rice, Gigi, c'était un truc de ouf. Moi, à cette époque j'avais juste envie de faire du snow, pas de devenir pro... du coup quand l'opportunité s'est présentée, j'y suis allé, même si je savais très bien que je n'y allais pas pour faire un résultat particulier.

Dans l'avion pour Pekin Double rollo à Innsbruck Un rêve de gosse réalisé à cet instant Victor de le Rue

A l'époque tu te posais la question des JO aussi, et finalement tu as fait le choix de ne faire QUE filmer, qu'est-ce qui a motivé ce choix ?

Ca, ca m'a bien stressé toute la saison ! "Dois-je faire les jeux, il y a le slopestyle qui arrive... Ca pourrait être l'opportunité de faire quelque chose de cool, en plus mes deux frères y seront..." Ca aurait pu être l'occasion de vivre ce truc avec eux, et puis niveau sponsors, ca compte aussi, donc je me suis vraiment posé la question. Mais au fond... ce n'est pas ce que je préfère. Ce que j'aime vraiment, c'est filmer, c'est ca qui me fait le plus plaisir. Du coup j'ai pesé le pour et le contre, et je me suis dit que ce serait faire quelque chose dont je n'ai pas vraiment envie, le faire juste pour le faire, juste pour les sponsors et sachant que je n'étais pas investi à 200%, donc que ca ne valait pas le coup.

Très peu de riders arrivent à filmer ET faire de la compétition, même Arthur Longo n'a quasiment pas filmé l'année dernière.

Oui, et comme je suis meilleur en filming et que j'y prends plus de plaisir, j'ai fait mon choix. 

Le monde du filming est basé sur l'image. A l'époque de la première interview, tu étais déjà connu en France mais ces dernières années, j'ai l'impression qu'à l'extérieur de nos frontières, aux US notamment, tu commences à être reconnu également...

Je pense que le plus important pour être reconnu aux US c'est de shooter avec des photographes américains, et ainsi avoir accès aux magazines américains. Par exemple l'année dernière, sur le trip en Alaska avec Absinthe, il y avait plein de photographes de passage. Oli Gagnon, Scott Serfas et cie... Du coup cela m'a permis d'avoir la couverture du DVD Absinthe, toutes les affiches etc... grâce à une super photo d'Oli Gagnon. Et Scott Serfas, qui travaille avec Transworld, et du coup il poste régulièrement des photos de moi sur le site et ça ça permet de passer à l'étape au dessus. 

Là Transworld vient de sortir ma part Absinthe pendant 48h, en homepage etc... et ca aussi devrait me permettre d'être un peu plus connu là-bas.

Victor, heureux d'être en homepage de Transworld pendant 48h.

 Et du coup, le plan pour le futur, c'est d'aller passer plus de temps là bas, shooter avec eux ? 

Oui, mais aussi les faire venir, eux, shooter ici ! Il y a beaucoup de spots en Europe, ça pourrait être cool. Après j'aime bien shooter avec des gens que j'aime aussi, et ça permet de varier un peu. 

Je ne me vois pas passer une saison entière là bas, à Whistler faire du sled ou autre. Je suis bien en Europe, c'est le genre de terrain que j'aime rider (ndlr : Victor aime rider "any kind of terrain"). Il y a plein de petites stations, tu fais quelques kilomètres et tu trouves un nouveau spot différent... Aux bons endroits tu peux avoir beaucoup de neige aussi. Il y a de quoi faire ici, alors pourquoi forcément aller aux US ?

Victor en street isérois, dès le jour du retour de Chine. Voyez la vidéo de Pékin, la dernière image, c'est là.

A l'époque tu nous disais ne pas trop rider avec tes frères. Depuis les choses ont changé, et il y a eu ce fameux trip en Alaska avec Xavier pour Standard Films par exemple. Raconte nous ça un peu.

En fait on avait fait un petit trip avec lui dans le Devoluy, rien de fou mais une bonne expérience, puis il y a eu l'Alaska. C'était vraiment un grand moment pour moi. Je n'avais jamais fait de freeride, ni d'hélico, du coup deux semaines avant de partir nous sommes partis à Verbier en Suisse faire une journée d'hélico, pour prendre les bons réflexes, voir comment ça fonctionne avec les filmeurs, photographes etc... Et ce fut vraiment un bon moment.

Cette année c'était vraiment différent avec Absinthe, par rapport au voyage avec mon frère. Avec Xav nous n'étions que deux riders, alors que cette année nous étions jusqu'à six riders : Bode Merrill, Blair Habenicht, Jason Robinson, Wolle Nyvelt, Math Crépel, Manuel Diaz et moi. Nous avions un hélico à nous partager, du coup en terme d'organisation c'était plus compliqué.

En fait nous n'étions pas vraiment en Alaska puisque nous étions au Canada. Depuis Haines, Alaska, il y a plusieurs bases : 9 miles, 33 miles, la frontière, et nous étions encore 5 miles après la frontière, au Canada. Nous habitions au bord de la route, en camping car, avec notre hélicoptère garé là ! Il s'agit d'une nouvelle zone dont l'accès était interdit auparavant, et nous étions les premiers à rider là, à donner des noms aux faces etc... 

Donc vous étiez tranquilles, au bord de la route, avec camping car et hélico sur le parking ?!

Voilà, quatre ou cinq camping cars, et l'hélico sur le parking, c'était cool ! Mais aussi super stressant. Comme personne ne connaissait la zone, il fallait explorer. Le truc c'est qu'à Haines, les gars d'Absinthe connaissent toutes les faces. Tu as l'impression que c'est énorme mais pas tant que ca, les bons spots sont connus, chaque face a un nom, et tu es plus efficace. Là il fallait explorer, et tu sais que chaque minute que tu passes dans l'hélico coûte des centaines voire des milliers d'euro, du coup il fallait être super réactifs, ne pas perdre de temps dans l'hélico, ni pour tester la neige etc... En plus il n'y avait pas beaucoup de neige donc pas mal de cailloux qui sortaient, Manuel Diaz s'est mis un bon crash d'ailleurs. On a aussi eu deux grosses avalanches, une fois avec Math Crépel et une fois avec Tim Zimmerman, le photographe. On se balladait en haut d'une falaise et tout est parti, jusqu'à la vallée... 

Donc au final, c'est cool, mais quand même bien stressant !

Les camping car. Photo : Mat Crépel

La douche avec vue. Photo : Mat Crépel

La vue au reveil. Photo : Mat Crépel

Donc là ton objectif, c'était de filmer, et tu as tout cassé. C'est ca "savoir ce qu'on veut" ?

En fait je gère vraiment saison par saison. Je me mets un objectif sur une saison et j'évolue comme ca. Je n'ai pas de plan où je me dis "dans quatre ans je veux être là ou là", quand j'étais petit je ne me suis jamais dit que j'allais être pro. Je fais vraiment étape par étape, saison par saison. 

Du coup tu es assez polyvalent en tant que freestyler, on te voit en park, en freeride, en urbain... Comment tu gères l'équilibre entre les différentes pratiques ?

Je suis vraiment la neige. En début de saison on va faire de l'urbain, des spots de street autour de Grenoble avec les potes, après c'est la pow puis en fin de saison Alaska, généralement en avril, le moment où les jours sont plus longs. Faire la même chose toute la saison, ça me gave vite. Quand je vois ceux qui bossent en pipe le même run pour un objectif précis, je me dis que je préfère vraiment faire ce qui est le mieux suivant les conditions, varier les plaisirs. Ca me permet d'être à fond tout le temps : à fond d'un truc, je kiffe, je passe à autre chose, hop, je me ré-investi à fond, ca me donne l'impression de changer d'air, et j'apprécie beaucoup que ca puisse se passer comme ca. 

Bon et il se passe quoi avec le AB Crew là ? Ca fait longtemps qu'on n'a pas eu de nouvelles !

C'est vrai ! Mais dans le prochain épisode Enzo est censé sucer JJ Roux donc on va voir ce que ca donne, voir si il tient parole, ce que je souhaite. 

C'est bien ca, il faut lui mettre la pression. Tu es rentré chez Drake pour les boards récemment, personne ne s'y attendait.

C'est vrai que souvent les gens ne connaissent pas la marque, alors qu'il y a quelques années, Drake et Northwave étaient vraiment au top pour les boots et fixations. Maintenant il n'ont pas une mauvaise image, juste qu'ils ont été un peu oubliés par le public. 


Tu coup tu es celui qu'ils mettent bien en avant ?

Oui, il n'ont que 4 riders : le team manager Alvaro Vogel, Anti Autti, Nick Visconti pour les fixations uniquement, et moi. Du coup ils m'aident bien, et m'ont aidé à financer ma video part. Aujourd'hui tu ne peux pas faire une video part si tes sponsors ne t'aident pas.

On a l'impression qu'avec la crise, les marques prennent moins de riders, mais se concentrent plus sur un ou deux du team.

Oui, c'est exactement ça, la période est difficile pour les riders. Pour moi je suis plutôt du bon coté, donc ca va, mes sponsors me poussent bien, mais on sent que les marques se concentrent vraiment sur certains.

A ce propos, mythe ou réalité le fait que Jason Robinson a financé sa part Absinthe tout seul ?

Réalité ! Il a payé de sa poche les 3/4 de sa part, ce qui coute très cher, surtout qu'à la base il ne doit pas avoir des budgets gigantesques. Il a fait "all in", soit il avait une bonne part et réussissait son pari, soit ca devenait très compliqué... et ca a marché, il a le segment d'ouverture du film ! C'est Dakine qui a payé le 1/4 restant. J'espère qu'il va réussir à trouver un arrangement pour la saison prochaine.

En parlant de saison prochaine, ton programme ?

J'aurai bien aimé faire le Real Snow Backcountry, mais c'est annulé. Je voulais faire ca et Absinthe, du coup je vais me concentrer sur Absinthe pour avoir une grosse part. Je vais aussi filmer un peu avec Almo en début de saison, et il y a des projets avec Rip Curl qui va faire un petit film et des épisodes.

Merci, on se voit à Val Thorens pour le Rock On !

Victor à Val Thorens, Rock On 2013. Quand il fait un tripod, la piste a mal.

Photos : pj pour fluofun, sauf mention contraire.

4 commentaires

Damien
Damien
Yes Victor, tu fais plaisir !! chanmé ta part !! félicitations !!

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treflipe

inscrit le 06/10/13
Crepel et Longo ont eu des parts géniales, mais se sont fait connaitre par la compétition surtout... aurions nous là le premier francais à se faire connaitre par la vidéo ? Bravo.

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